La diversité culturelle est un dialogue
Faculté des lettres FES-SAISS.28 Février 2025.
CONFERENCE INAUGURALE.
Driss KHROUZ.
La diversité culturelle est un dialogue.
Au-delà des questions de terminologie et même d’épistémologie, la diversité culturelle n’est pas une cohabitation cloisonnée, verrouillée et hermétique de cultures, de langues ou de religions différentes. Le communautarisme dans lequel chacun groupe qui se voit homogène reste chez soi, indiffèrent et tournant le dos aux autres ne sont pas un dialogue. N’étant pas une connaissance, il refuse et ignore la reconnaissance des autres.
Le dialogue avec ses semblables en tout, ses » alter-ego », ressemble étrangement à un monologue ou un dialogue de sourds !
Le dialogue suppose la différence, la confrontation de points de vue, le respect, l’écoute et la préservation des fondements du « vivre –ensemble « même à distance et même avec des personnes que nous ne connaissions pas ou prou.
Dans tout dialogue, les langues, les valeurs, les opinions, les croyances, les imaginaires, les superstitions et autres préjugés, sont des médians, des relais. Le dialogue ne vaut que par leur intercession.
Dialoguer c’est faire des pas et avancer vers ses vis-vis, vers l’autre diffèrent.
« toute personne doit ainsi pouvoir s’exprimer , créer et diffuser ses œuvres dans la langue de son choix et exercer ses propres pratiques culturelles … » [1]
La matrice du dialogue est un compromis. Le dialogue est apprentissage des vertus. Il est rebelle à l’indifférence, à l’ignorance, au rejet, à la stigmatisation, à la haine, à la violence. Au service de l’intelligence individuelle, il est gage de déploiement de l’intelligence collective. Tout dialogue est générateur de liens sociaux. Le lien est le fil qui tisse le tissu social.
Essayer de comprendre quitte à ne pas être d’accord. Et le désaccord est dialogue aussi et il passe par la compréhension évidemment.
Le dialogue dans la diversité respecte les opinions des autres, leurs croyances, leurs émotions. Chacun a le droit de croire en sa vérité, mais c’est la sienne, il n’a aucune légitimité à l’imposer aux autres. Dialoguer, c’est essayer de convaincre, assurément pas de convertir.
C’est alors que le dialogue est traversé par le questionnement, le doute.
« L’absence d’interrogations enferme les hommes dans l’erreur ».
La nuance est salvatrice et ouvre les sentiers que les certitudes -refuges obstruent. Il n’est pas question du doute nihiliste, paralysant ; mais du doute interrogatif, prospectif, alternatif, relatif.
Le dialogue dans la diversité bien comprise n’est pas un manque de convictions, il laisse la place à des convictions différentes, voire opposées. Il réfute l’essentialisation, la stigmatisation.il sait séparer les grains de l’ivraie. Les opinions, les sentiments, les émotions, les avis et les opinions sont certes importantes, elles n’ont évidemment pas le même statut dans ce cadre que les idées. Libre cours à chacun d’exprimer les unes et les autres, elles ne se situent pas dans des strates comparables d’analyse.
» Ne pas se moquer, ne pas se lamenter, ne pas détester, mais comprendre » (Spinoza-l ’éthique-)
Le dialogue dans la diversité peut être positionné dans trois dimensions interactives : les politiques culturelles ; le droit à la culture et les langues.
- Les politiques culturelles.
Comprendre s’efforcer à apprendre et à réapprendre.
Il n’y a pas de démocratie sans diversité, sans adversité et sans antagonismes. Le défi n’est pas de les nier et encore moins de les combattre. Les canaliser, les réguler et les pondérer contribue à en faire des atouts d’avenir partagé. Sans nuances, il n’y a pas de perspectives de projet culturel.
Ce levain indispensable à toute vision tant soi peu démocratique se greffe sur les expressions culturelles et leurs déploiements dans les strates du tissu social.
Les politiques culturelles sont au centre de la stratification et de l’ossature politique d’une société. Elles créent le cadre, les conditions et les instruments indispensables aux pratiques des cultures. Par les institutions et les projets, les leviers essentiels par lesquels la culture peut devenir l’élément déterminant des dynamiques sociales et politiques de mobilisation, de créativité, et d’initiatives, acquièrent la rationalité du développement social.
Il ne peut y avoir de projet de société sans projet culturel global. Ce projet global est alors décliné et traduit par les acteurs sociaux en créations, en besoins, en produits et en services. Le marché prend en charge les modalités d’organisation de cette économie politique de la culture. Le marché n’est pas en soi créateur de culture ; il en est un régulateur par commande, par investissement, par offre, par demande.
Il l’est aussi par usurpation, en faisant des fois de la créativité de vulgaires produits industriels interchangeables !
La culture, un concept, une notion, un vocable souvent galvaudé. Précisons les termes du débat :
En dehors des industries culturelles et créatives qui sont les modes de production des produits et des services des champs créatifs (livre, cinéma, théâtre, danse ; E. musiques, musée etc…), la culture est d’essence cognitive. Elle est le vecteur de ce qui fait l’humanité d’une personne : ses croyances, ses valeurs, ses arts, ses langues, ses traditions ; en un mot tout ce qui caractérise la substance de son mode de vie.
« La diversité culturelle ne peut être véritablement protégée sans une mise en œuvre effective des droits culturels »[2] (déclaration de FRIBOURG).
Les droits culturels sont des traductions en actes législatifs et juridiques des politiques d’appropriation par les citoyens des constituants de leur personnalité et intelligence collectives en patrimoines, traditions, œuvres artistiques, référents partagés, superstitions, imaginaires, chants, symboles, tout ce qui donne sens à la vie collective et individuelle.
Il va de soi que toute politique culturelle se conçoit, se fait, s’inscrit et s’exécute par et dans des institutions. Ce sont des décisions régaliennes qui opèrent les choix décisifs et impulsent des dynamiques aux autres acteurs. Le rôle moteur, initiateur et pourvoyeur de ressources est celui-là qui détermine les logiques, les postures, la pérennité et le déploiement de l’ensemble des acteurs. Les mouvements civils et associatifs de créations et de diffusions des produits et des œuvres culturels ne se positionnent qu’en conséquence.
Les droits culturels peuvent se décliner en huit composantes interactives[3] :
- Avoir la liberté de choisir son identité culturelle ;
- Connaitre sa culture et celles des autres et les voir respectées ;
- Avoir accès aux patrimoines culturels dans leur diversité ;
- Pouvoir se réclamer d’une ou de plusieurs communautés culturelles et cesser de le faire le cas échéant ;
- Participer à sa manière à la vie culturelle ;
- S’éduquer dans la culture ;
- Etre informé et informer les autres dans le domaine culturel ;
- Participer au développement des opérations culturelles.
Se jouent ici de toute évidence des enjeux de pouvoir. Des dynamiques descendantes (up on –down) de l’Etat vers les citoyens à travers les collectivités territoriales de proximité qui impulsent en amont des logiques de créations, de mobilisation, d’organisation et de régulation Elles doivent, évidemment s’articuler à des logiques ascendantes (Bottom-up) qui expriment les modalités de participation des citoyens aux impératifs de leur émancipation culturelle et de leur autonomie.
Les politiques culturelles, dont le champ de déploiement est la culture, sont l’exercice des droits à la culture comme fondement d’émancipation citoyenne individuelle et des liens sociétaux. Autrement dit, ce sont là les prérequis à toute forme de modernité et de citoyenneté.
- Le droit à la culture, gage de citoyenneté.
La culture étant « la culture des cultures », il n’y a de dialogue et de sociabilité que par la connaissance, la reconnaissance et la valorisation de chaque citoyenne et citoyen dans sa culture. Je désigne évidemment la culture de respect, d’empathie, de paix et de citoyenneté.
La culture peut, et comporte aussi, des actes contraires ; ce n’est pas cet aspect qui nous intéresse ici ; je considère ces comportements comme de l’anti-culture ou de la culture usurpée, dévoyée.
La recherche de la pureté des races, des couleurs, des langues, des croyances nivelle vers le bas. Que de civilisations, que d’empires, que de chimères se sont éteints de leur obsession de pureté !
» Chaque civilisation meurt de sa pureté » (Albert Camus.)
Le droit à la culture suppose évidemment son corollaire : que la citoyenneté soit le vecteur de l’ordre social, porté par une intelligence collective émancipatrice, libératrice. Autrement dit, nous sommes au cœur de la question de la modernité.
La modernité ne se conçoit pas en dehors de l’autonomie de la pensée. La pensée critique, l’autonomie, l’initiative, la responsabilité, la créativité et la collaboration devraient être les guides de la pensée et de la spiritualité.
L’enseignement est invité à se repenser en conséquence !
Le couple liberté- citoyenneté est à l’œuvre.
Le droit à la culture interpelle régulièrement et par des voies multiples les ressorts de la politique culturelle.
Les enjeux culturels sont des enjeux politiques qui se traduisent par et dans des institutions, des organisations et des associations.
Il n’est pas étonnant que toutes les questions liées aux politiques culturelles et aux droits culturels soient liées aux rapports de force et aux doctrines. Il n’en reste pas moins vrai qu’il ne peut y avoir de modernité sociale et d’intelligence collective sans autonomie des leviers de la culture. Leur libération des méandres identitaires verrouillés et des idéologies qui atrophient les libertés citoyennes est un impératif de paix et de bien-être collectifs.
La diversité culturelle «constitue le patrimoine commun de l’humanité et elle doit être reconnue et affirmée au bénéfice des générations présentes et des générations futures ».[4]
L’éducation à tous les niveaux de la société, en partant de la cellule familiale, jusqu’aux médias en passant par l’enseignement et les formations, sont ce lien essentiel dans les ancrages sociétaux des cultures.
Nous l’avons dit, la culture n’est pas l’émanation de miracles ou d’extravagances naturelles, ce sont les métamorphoses sociétales qui engendrent des métamorphoses culturelles. On éduque à la musique, à la danse, au chant, à la lecture, au théâtre et de multiples façons aux sensibilités à la base de toutes les créations artistiques.
C’est dans l’exercice des politiques culturelles et des droits à la culture que se niche l’éducation, la formation et par extension l’épanouissement des métiers, des structures culturelles et créatives.
Les vocations adviennent à travers les liens et les relations en milieu social. Cette approche ascendante peut avoir le grand privilège de jeter les lumières sur les valeurs, les modes de vie, les croyances, les comportements et les repères matériels et immatériels qui forgent des sens dans la société.
La créativité, toutes les formes de créativité, sont alors conviées à plus d’intelligibilité. Elles sont des marqueurs sociétaux. Elles sont les empreintes des interactions des sociétés avec leur environnement immédiat et lointain. Elles sont le miroir des impacts que provoquent les cultures sur leurs patrimoines qui sont impactés à leur tour par les évolutions de la société.
La culture est à la fois un réceptacle et un vecteur de mutations et de métamorphoses.
Plusieurs dimensions de ces effets et de ces impacts posent aujourd’hui la lancinante question des interrelations et des interfaces entre cultures et technologies. Le numérique, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle en sont les plus agissants, les plus perplexes et les plus angoissants.
Le dialogue des cultures se fait par leur diversité, celle des langues en est un vecteur essentiel.
3-La langue. Le cercle vertueux des langues.
La question des langues est riche, complexe et à la réunion de plusieurs paramètres.
Vieille comme la vie sur terre, et en nous limitant aux seuls axiomes liés à la société humaine, la problématique des langues est fondamentalement anthropologique.
Bien sûr que les approches linguistiques, grammaticales, lexicologiques ont leur importance ; elles ne reflètent toutefois pas suffisamment les autres dimensions civilisationnelles, culturelles, historiques, sociologiques, politiques et économiques des langues autrement plus profondes.
La problématique des langues est à la matrice des sociétés ce que la sociabilité est à l’organisation sociale. C’est de la politique au sens large qu’il s’agit.
La langue est l’expression des liens, des rapports, des principes, des valeurs mais aussi des rapports de puissance et de confrontations entre les sociétés et au sein de chacune d’elles.
La langue est un outil de transformation sociétale.
Les langues vivent de leurs sociétés dont elles alimentent la vie. Cette réciprocité est de toute évidence un nœud gordien de la langue –culture.
Parler une langue, c’est assumer une culture (en paraphrasant Kateb Yacine).
Les langues naissent, se métamorphosent, communiquent entre elles ; elles meurent aussi ; on les tue ou on les pousse à mourir à petits feux !
Les langues sont en danger par leur abandon, leur étouffement.
Les normes sociales et culturelles dominantes déterminent les places et les rôles respectifs des langues.
Acte socio-politique par excellence la question des langues affecte, transforme et concerne les fondements et les soubassements des sociétés. La langue, toute langue, est un condensé de la culture du milieu où elle vit et où elle se diffuse.
Une langue est plurielle par ses contenus, ses emprunts et ses prêts aux autres, ses symboles, ses prononciations et ses ramifications.
Derrière les mots, les phrases, les intonations et les usages, il y a l’âme d’une communauté.
La part technique est loin de refléter à elle seule l’esprit d’une langue.
Une langue véhicule l’essence d’un milieu. Au-delà de la sémiologie, se profile la substance de l’être social de la langue.
La fameuse rhétorique répandue sur la hiérarchie des langues et sur leur pyramide occulte le plus pertinent dans cette équation vaste et complexe.
C’est par les choix, les décisions et les actes politiques que les langues sont structurées socialement en langue véhiculaire, langue vernaculaire, dialecte, langue officielle, nationale, locale, régionale ou mondiale.
Toute langue est à son origine un idiome de communication entre des individus sociaux. Ce sont les rapports politiques et les vecteurs économiques, commerciaux et militaires qui font des langues ce qu’elles deviennent.
Toutes les langues sont potentiellement vivantes et susceptibles de tout usage quand les conditions de leur épanouissement sont réunies.
La pureté d’une langue, quelle qu’elle soit, est une falsification idéologique.
Les langues s’édifient, mutent et se structurent par leurs emprunts réciproques, leurs contacts, leur suprématie ou leur soumission.
Les langues comme les civilisations meurent de leur pureté.
Une communauté minorisée, marginalisée ou méprisée finit par adopter la langue dominante qui est le support politique, économique et territorial de la puissance politique qui détient le pouvoir ; l’Etat en l’occurrence.
En sauvegardant une langue et en lui permettant d’avoir le statut social, culturel et politique qui l’émancipe, la consolide et la diffuse, on permet à des réserves immenses de connaissances, de savoirs enfouis et d’intelligences de vivre et d’irriguer les sociétés et toute l’humanité qui peut y accéder.
Une langue, n’importe quelle langue, est une lucarne qui permet de voir des pans entiers, multiples, complexes, diffus, discrets et pérennes de la vie et du monde.
La langue est un produit de l’histoire.
L’histoire s’écrit partout et de tous les temps par les vainqueurs !
Bien sûr que les langues sont happées par la fonction politique dans ses extensions territoriales, agressions, colonisations, usurpations, suprématies et autres besoins, bassement humains, de dominer.
Le marché et ses mutations, jusqu’à la mondialisation économique, financière et technologique, ont radicalement changé les termes du débat et les dynamiques des langues.
Outre l’uniformisation, le simplisme et la techno-substance des cultures hégémoniques, une hiérarchie marchande détermine les enjeux des langues et les modes de communications.
Les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), les réseaux sociaux et de plus en plus l’Intelligence Artificielle (qui ont leur pertinence par ailleurs) déstructurent les langues, ainsi que leurs soubassements culturels et anthropologiques. Ils fonctionnent pour accroître la vitesse, réduire le temps et produire d’autres déterminants dans lesquels la majorité des langues sont de plus en plus exclues et appauvries pour devenir finalement de simples clefs d’accès aux signes et aux codes numériques.
La sauvegarde et la modernisation d’une langue, quelle que soit la langue, ne doit pas dépendre de son statut politique. Il n’y a pas de pyramide des langues. La langue officielle est une » langue avec un bataillon et une marine ».
La géostratégie des langues définit les fonctions de chacune d’elles, il ne doit, en aucun cas, servir d’alibi pour occulter le patrimoine immense et l’âme des sociétés dont les langues sont l’expression.
La guerre des langues est gage d’ignorance et de domination.
L’enseignement scolaire n’est pas le seul domaine d’épanouissement d’une langue. La préservation d’une langue doit se concevoir dans la société dans sa globalité. Enfermer une langue dans son statut politique et dans le seul espace de l’école déplace la question de son espace anthropologique qu’est la culture à celui d’une identité verrouillée et d’opposition à l’autre.
Les langues et la culture n’ont pas une logique arithmétique à somme nulle !
Les langues sont les voix et les voies d’expression d’une société ou d’une de ses parties.
C’est le niveau de développement de la culture d’une société qui détermine l’évolution d’une langue. Plus une société acquiert des savoirs et s’ouvre sur les autres peuples, plus elle a besoin de moyens de communication entre ses membres et avec les autres sociétés.
Les religions, les croyances et les connaissances en général créent des besoins de comprendre, de dominer, d’exprimer les joies et les peines. C’est ainsi que les langues voyagent par le commerce, les guerres, les invasions et les voisinages.
Les langues communiquent entre elles, elles s’influencent les unes les autres ; elles vivent en harmonie mais aussi en conflits au gré des modes de vies de leurs locuteurs.
Plus une civilisation transcende et dépasse ses cades culturels, idéologiques, géographiques, physiques et métaphysiques, plus elle est dans l’obligation de façonner et d’affiner les supports de ses savoirs.
Quand une société est dominée, sa culture comme sa langue sont verrouillées, méprisées et amputées. Comme les fleurs, les langues se fanent. La culture et la langue du dominateur deviennent la langue savante et la culture savante. Celles des pouvoirs dictent les bornes et les normes. Les parlers autochtones se rétrécissent, se verrouillent, sont envahis par les langues des pouvoirs et sont méprisés. Ils sont considérés comme des parlers vulgaires ; on les appelle dialectes.
Ce sont les usages savants ou cloisonnés qui déterminent l’évolution des parlers. Toutes les langues obéissent à cette loi. Les parlers sont façonnés par l’histoire. Ils vivent, ils s’épanouissent, ils dominent, ils sont dominés, ils meurent aussi.
Support et socle d’une culture, la langue amazighe est le véhicule du quotidien, des pensées, des joies et des malheurs de millions de personnes. Elle est coincée entre l’arabe oriental et les langues des sciences. Comme elle est la langue du peuple, elle est refoulée par une grande partie de ceux qui s’identifient à l’élite. Entre l’analphabétisme et la force des langues devenues mondiales par les vecteurs religieux et les vecteurs du marché mondial, elle n’a que difficilement accès aux différents espaces des langues modernes. Pourtant l’américain, le français, l’arabe, l’espagnol, l’italien, le portugais, le russe, le mandarin, l’hindi, le bengali, le télougou, etc… sont des parlers régionaux devenus langues universelles.
L’amazigh a toutes les potentialités pour devenir une langue moderne. Elle ne peut pas être contre une autre langue.
Il n’y a pas d’opposition des langues et encore moins de guerre des langues.
Il reste à donner à chacune des langues les moyens de son développement. Elle trouvera par -elle-même, de par son essence, sa place dans l’espace public à côté de toutes les langues des uns et des autres. Plus nous parlons de langues et plus de nouveaux horizons s’ouvrent devant nous. Quand il y a des idées et de la culture, on peut les exprimer dans n’importe quelle langue et dans toutes les langues. Encore faut- il la travailler et la diffuser intelligemment.
Les langues ne sont pas des faits de la nature, elles sont les faits de la culture.
Les dimensions universelles du patrimoine culturel commun amazigh.
La culture amazigh ancestrale a surmonté des obstacles énormes et réalisé des performances remarquables particulièrement avec sa consécration comme langue officielle du Maroc par la constitution. Avec Tifinagh sa graphie, et la loi organique de sa mise en œuvre, elle a pu remplir toutes les conditions de son institutionnalisation et de sa nécessaire diffusion.
Il a fallu de longues traversées pour que la culture amazighe puisse convaincre qu’elle constitue le patrimoine commun, non seulement de tous les marocains qu’ils en soient locuteurs ou non, mais aussi de tous les pays de l’Afrique du nord et du sahel.
Il est temps de bâtir sur ces atouts pour assurer la mise en perspectives de toutes les dimensions universelles de la culture amazigh. Et elles sont codifiées, reconnues et portées par toutes les expressions artistiques et culturelles modernes.
C’est ainsi que les plaidoyers identitaires et de mémoire, qui sont certes nécessaires, doivent donner aux expressions artistiques et culturelles, anciennes et modernes, une portée mondiale et universelle gage de leur intégration dans les mécanismes et les instruments modernes des cultures humaines.
Cette problématique passionnante et vaste peut être cernée à travers quatre axes de travail :
– ouvertures et rétrécissements des limites territoriales de la culture amazighe.
– profondeurs historiques des empreintes et des témoignages scientifiques de la culture amazighe partagée.
– les expressions artistiques modernes de la portée de la culture amazigh.
– Les horizons culturels et technologiques nationaux et universels de la culture amazighe
Le « conseil national des langues et de la culture marocaine » crée par le même article est porté par une loi organique promulguée en 2019 et dont le projet a été préparé en 2014 et 2015 par une commission nationale.
Le plurilinguisme s’installe progressivement et trouve ses marques en fonction des paramètres nationaux et des contingences régionales et mondiales.
Tous ces acquis institutionnels et politiques sont certes importants, mais ils ne peuvent remédier aux dommages causés par la marginalisation des langues et de la culture dans toutes leurs diversités et leur ramifications nombreuses, denses et multiformes, ni aux dommages causés à leurs dimensions immatérielles, sociétales et locales.
Des pans entiers de la diversité linguistique et culturelle de chaque région, de chaque village et de chaque communauté traditionnelle ont été perdus ou dénaturés à jamais.
Malgré toutes ces prouesses, les deux langues officielles et la langue véhicule courante, sont totalement tributaires des marchés des langues et des acteurs de la globalisation totalement dominés par les langues de la mondialisation scientifique, technologique et numérique.
Le numérique et l’intelligence artificielle seront –ils le devenir de l’expression universelle des communications ?
La prédominance des réseaux sociaux est –elle propice aux échanges et au dialogue dans la diversité ?
Par-delà les apports des NTIC, des réseaux sociaux et de l’IA, il me semble que toutes ces ressources scientifiques, technologiques, cybernétiques et numériques qui accroissent considérablement les ressources et les capacités humaines, posent des problèmes inédits.
Edgar MORIN rappelle que » le trésor de l’unité humaine est dans la diversité des cultures. Et le trésor de la diversité culturelle est dans l’unité humaine ».
Driss KHROUZ .
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L’article 5 de la constitution est explicite, clair et politiquement bien posé sur la géostratégie des langues au Maroc :
« L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat….
De même l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception.
Une loi organique définit le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle.
L’Etat œuvre à la préservation du Hassani, en tant que partie intégrante de l’identité culturelle marocaine unie, ainsi qu’à la protection des parlers et des expressions culturelles pratiquées au Maroc … »
Driss KHROUZ .
[1] Déclaration universelle sur la diversité culturelle. UNESCO ; Art.5.PARIS.2. Novembre 2001.
[2] Déclaration de FRIBOURG,
[3]. Elias KHROUZ. » droits culturels au Maroc et prise en compte incertaine du choix des individus » in : les droits culturels à l’ouevre.la personne au cœur » ouvrage coordonné par Danielle PAILLER. Editions en toutes lettres ; casalanca,2024.
[4] Déclaration universelle sur la diversité culturelle. Unesco ; Art.1Paris, 2 Novembre 2001.
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