Les valeurs de gauche en question Conference pour lAssociation des francais du monde
Conférence,  Politique

Les valeurs de gauche en question-Conférence pour l’Association des français du monde

Conférence, Driss KHROUZ.

Association des français du monde. ADFE. Rabat ; mercredi 9 avril . 2025.18h30.

Les valeurs de gauche en question ?

Pourquoi la question sur les valeurs de gauche et non pas sur l’histoire, sur l’actualité ou la durabilité des mouvements de la gauche ?

C’est parce que l’histoire , les avancées, les reculs, les victoires, comme les défaites et les différentes péripét ies de groupes ou de personnes, ne peuvent être bien analysé s qu’en référence au valeurs. Les valeurs sont la matrice des positions, des postures et des comportements.

Le vocable «  gauche » qui fait référence à un fait historique daté relatif au positionnement des dé putés français lors des débats parlementaires le 28 Aout 1789 à l’occasion des joutes oratoires de la Constituante, n ous parait sans importance .

Notre propos interroge les fondements et les soubassements philo soph iques, culturels, idéologiques, épistémologiques, sociaux et politiques des mouvements progressistes de la famille socialiste, qui se sont inscrits dans la durée et surtout qui nous interpellent ici et maintenant.

Au –delà des variantes multiples, complexes et articulées des pensées et des expériences, à la fois dans leur s convergence s et leurs divergences ; c’est dans le projet global de société que défend chacune d’elles que nous puisons notre analyse.

Il est entendu que n’est projet social que tout ce qui est concrètement advenu en société à un moment ou un autre.

Les exigences de cohérence culturelle et sociale , de pertinence politique et de faisabilité humaine, sont des grilles de lecture pour nous intéresser à des mouvements de masse dans leur globalité, leur durée, leurs impacts, leurs forces et leurs limites.

Bien sûr que d es sociétés humaines à des moments de leurs évolutions ont pu connaitre telle ou telle apparition apparentée à ce qui est socialiste.

Nous faisons le choix de nous concentrer sur des lames universelles de fond dans leur globalité, leur s durée s , leurs impacts, leurs forces et leurs limites.

La gauche comprend les expériences communautaires de cogestion, de coopérativisme, de radicalisme, de communisme, d’anarchisme, de social-démocratie et de certaines versions d’écologisme.

Le socialisme, dans son acception historique large, flexible, mouvante et relative aux contextes socio-culturels et idéologiques différents, nous sert de cadre de réflexion.

Les pensées et les expériences qui sont à la genèse du socialisme sont instructives. Les réformes, les schismes et les déviations idéologiques sont pleines d’enseignements.

Il n’y a pas que les théories, les doctrines et les paradigmes, ainsi que les idées et les opinions qui en constituent les fondements. Il y a aussi et surtout la transformation des sociétés en conformité avec les idées structurantes, les mutations sociétales et leurs analyses .

Etant bien compris que les revendications essentielles, les réformes et les métamorphoses, ne sont pas réservées qu’à la seule gauche :

Des luttes pour la justice, la liberté, l’émancipation, l’autonomie individuelle, l’initiative privée, la citoyenneté, l’organisation participative des pouvoirs, la séparation des pouvoirs, la réédition des comptes, la responsabilité sociale, la liberté de conscience, le respect des différences et de la diversité culturelle et sociale, la mobilité des personnes et des capitaux, la défense de la nature, l’égalité entre les hommes et les femmes , caractérisent aussi d’autres formes d’organisations démocratiques des Etats.

La demande de démocratie ainsi que les programmes et engagements pour son avènement, son respect, sa sauvegarde, son émancipation et sa consolidation institutio nnelle, culturelle et politique , concernent bien des spectres idéologiques et politiques beaucoup plus larges. Tant est si bien que dans beaucoup d’expériences est labellisé de gauche ce qui revendique la démocratie libérale et sociale.

Les catégories de démocratie, de pouvoir, de justice, d’égalité, de marché, d’entreprise, de classe, de revenu, de travailleur , de catégorie sociale, de richesses, de bien- être, de services publics de base intangibles, de liberté, de dignité, de légitimité, de  droits humains, de citoyenneté, d’intelligence collective, de culture, de créativité, etc.… traversent et dépassent la problématique des valeurs de la gauche.

Les valeurs de la gauche sont des formes de capitalisation des accumulations qui se succèdent de façon dialectique depuis le début du XVIIIème siècle par des apports de philosophes, de sociologues, d’historiens et autres penseurs, de politiciens, de militants associatifs, syndicaux et de contributions citoyennes.

Partielles, parcellaires, localisées, catégorielles, transitoires acceptées ou combattues , ces valeurs ont acquis, au fur-et- mesure, des résonnances et des adhésions qui en font des œuvres et des élaborations fondamentalement humaines. Leur maturité, aussi a vancée et élaborée soit – elle, est toujours en mutation , en questionnement et en devenir.

C’est la force de la dialectique de profiter des expériences avec leurs succès et leurs échecs .

Les valeurs de la gauche aussi cohérentes qu’elles puissent paraitre ou que nous les concevons, sont relatives, transitoires et intrinsèquement humaines et sociales. Elles ne valent que par leur mise en action en milieu social et politiquement organisé par des personnes données, dans des espaces donnés et dans des contextes donnés. Preuve de vérité relative, de doute, d’esprit critique, de remise en question et d’humilité s’’il en est.

Les idéologies, tout comme les mots quand ils ont recours à des normes métaphysiques, voilent, déforment et occultent les réalités. Les idéologies sont creuses quand elles ne sont pas aptes à traduire les réalités en idées et en concepts de réflexion et d’action.

Les valeurs d e la gauche sont en perpétuels questionnements. Leur dessein est de se conformer au milieu social pour le métamorphoser. Elles sont à l’écoute des citoyens.

Leur but ultime est d’édifier « non le meilleur des mondes mais un monde meilleur possible « , comme dit avec lucidité Edgar Morin.

Ce puzzle de principes fondateurs sont des théories issues des réalités qui transforment ces mêmes réalités dans des cercles vertueux de réformes, de ruptures, de programmes et de politiques.

Dans quelles mesures ce que nous privilégions dans ce propos , comme valeurs de la gauche se distinguent -elles, se démarquent-elles et s’opposent-elles aux principes , aux théories , aux expériences et aux discours narratifs des variantes socialisantes avérées, auto-proclamées ou proches ?

1- Les valeurs de la gauche, un processus lent et complexe.

Les valeurs de la gauche sont issues d’évolutions progressives, qui se sont succédé , d’épanouissements en crises, d’imitations en dépassements. Elles traduisent les besoins des humains de s’ émanciper des jougs des pouvoirs qui les oppressent et des efforts pour changer des situations qui ne leur conviennent pas.

Le questionnent de fond devrait s’inscrire dans une prise en compte, critique et réformiste, des héritages historiques, politiques, philosophiques et cultuels des expériences qui se sont accumulées tout au long des apports antérieurs :

Le « communisme primitif » comme dépassement du tribalisme communautaire.

Le socialisme utopique et l’émergence d’un humanisme libérateur (Saint-Simon /jean- Charles de Sismondi, Robert Owen /Charles Fournier…).

Le siècle des L umières et l’émergence de la raison contre les pouvoirs totalitaires de l’époque, pour l’autonomie de la personne (les Encyclopédistes  ; Diderot, d’Alembert, Montesquieu, Kant, Spinoza, Voltaire, Rousseau, Beaumarchais, Descartes, John Locke, Pierre Bayle, la franc-maçonnerie à partir de 1721à Rotterdam ).

La Révolution française et évidemment la déclaration universelle des droits de l’Homme.

Le marxisme ; Engels et Marx et le socialisme scientifique (troisième internationale socialiste, le Kominterm avec Lénine) .

Les premières versions de la social-démocratie (Obédience deuxième internationale socialiste. Paris.1889).

Le communisme (Lénine, Staline, Trotski, Mao, Guevara, Castro) avec la promesse de la fin de l’histoire et l’avènement d’une autre époque: le socialisme après le dépérissement du capitalisme.

Les socialismes sur la base de dictateurs auto-proclamés, portes paroles autocrates des débris archaïques de tribus.

La social-démocratie post- les  » trente glorieuses  » .  

L’implosion des régimes soviétiques et l’échec de la  » fin de l’histoire  » .

Les expériences médianes teintées de socialisme : Les économies sociales de marché et l’Etat providence dans les pays de l’Europe du Nord des années 1970-2000.

2- Les valeurs de la gauche, une synergie en cohérence et en questionnements ouverts.

Dire cela ne signifie pas que ces valeurs sont une synthèse et qu’elles ramassent ce qui leur convient au fur-et-à – mesure des successions des étapes .

Pour emprunter une métaphore simple, elles sont comparables à un puzzle. Les différentes composantes fidèles à un socle idéologique similaire se sont identifiées l es unes par rapport aux autres ; elles sont en symbiose.

Les valeurs de la gauche s ont subversives, elles proposent des alternatives pour aller vers le mieux. Elles absorbent les attentes pour servir de vecteurs à des ruptures, à des reformes, à des projets collectifs et à des programme s évolutifs communs.

Elles s ont prospectives et en doute constructif permanent.

Ces valeurs en question ne peuvent être conçues que comme des actions de destruction-restructurat ion.

Les val eurs de la gauche sont sociales  ; elles sont ancrées dans et en tensions avec les cultures , avec les idéologies , avec les croyances et avec les pouvoirs politiques qui finissent par devenir conservateurs par nécessité des contraintes et des compromis entre des intérêts contradictoires .

Elles éclairent les horizons en quête de progrès humains.

Les valeurs de la gauche, telles que nous les interpellons d’ici et maintenant, se démarquent nettement d’un certain nombre de présupposés admis dans les socles des pensées et corpus antérieurs au XXIème siècle, le socialisme utopique, les philosophies du siècle des Lumières, les pensées d’Engels et de Marx, le communisme et la social-démocratie. Elles interrogent des catégories admises et devenues des supports de discours et de paradigmes de circonstance :

-l’homme est naturellement bon et rationnel ?

– le progrès est inéluctable et permanent ?

– l’infrastructure détermine la superstructure  ?

– La lutte des classes est le moteur de l’histoire ?

– la justice est un instrument aux mains des dominants ?

– la matérialisme historique et dialectique est s a substance.

– Les religions et les c royances sont des instruments de domination au service des classes dominantes qui exploitent les opprimés ?

– Le socialisme est une société sans classe, sans exploitation… le bonheur pour tous enfin ?

– le capitalisme est la dernière étape de l’ après -histoire de l’humanité, pou r jouir enfin de l’Histoire la vraie -promise par le communisme ?

-La mission infaillible du prolétariat, des travailleurs, des classes moyennes et des  » intellectuels  organiques  » pour libérer définitivement l’homme du joug du capital ?

-L’ entreprise épicentre de la domination et de la dictature de la bourgeoisie ?

-La « dictature du prolétariat » n’est-elle pas celle de la « nomenklatura « et du parti unique qui confisque tous les pouvoirs et impose le goulag dans ses variantes ?

– les certitudes des sciences ont-elles toujours raison en dernier recours et sont-elles infaillibles comme l’affirme Karl Marx ?

– La richesse nationale croît par la domination et l’exploitation des ressources extorquées à la nature et qui sont supposé es inépuisables ?

– le marché est juste et crée les équilibres fondamentaux   par sa «  m a in –invisible «  et la concurrence ?

– le peuple a toujours raison et son vote est la base de la démocratie  ?

– Le leader ti e nt sa force des pouvoirs directs qu’ il tient du peuple et qu’il impose au nom de la masse ?

– Les institutions, les relais, les contre-pouvoirs sont des obstacles au bien-être des peuples ?

– Le pouvoir au sommet est au-dessus des pouvoirs et la séparation de pouvoirs une manipulation gauchiste  ?

En partant des caractéristiques des pensées socialistes antérieures, dont elles constituent l’adaptation, le renversement et le dépassement, les valeurs de renouveau qui contribuent à l’architecture d’une configuration possibl e de la gauche de l’avenir peuvent être déclinées comme suit :

La liberté individuelle d’expression, d e mobilité, de conscience et de pensée ; le bien-être et le d r oit à une vie sociale décente, la force de la loi s ocialement concertée et adoptée ; la primauté de la justice institutionnelle  ; la justice sociale comme base des régulations  ; l’ économie solidaire; la protection sociale et sécuritaire  ; le respect de soi et de tous  ; la diversité ; l’ égalité homme-femme ; l’ éducation critique , émancipatrice et libératrice  ; l’ autonomie individuelle ; le refus des dogmes imposés ; la participation aux choix politiques , aux pouvoirs collectifs et aux gest ions des affaires publiques ; le refus de tout dogmatisme ; l ’édification de contre-pouvoirs ; les apports de la société civil e démocratique organisée ; la re connaissance des spiritualités ; la primauté du respect de tout es les croyances individuelles ; l a valorisation des patrimoines ; l’adhésion aux principes universels en articulations avec les personnalités de chaque société ; l a  promotion de la créativité ; le choix des concertations , des négociations et des compromis col lectifs pour consolider la paix , la sécurité et la stabilité.

L’architecture qui correspondrait le mieux à la problématique de la gauche du XXIème siècle peut se structurer autour de quatre veines. Elle prend racines à partir des prémisses de la pensée originelle de Marx, qui est une jonction forte entre trois métamorphoses socio- culturelles du XIXème siècle, que sont la philosophie allemande, l’économie anglaise et le socialisme français :

La modernité : un condensé des valeurs de la gauche. La modernité est l’expression de la réforme et de l’autonomie de la pensée. la modernité est la substance d’une trilogie dans le dialogue :la raison teintée d’incertitudes , l’individu citoyen, la solidarité dans la diversité de l’ unité. La modernité comme concept fondateur appelle des éclaircissements pour le dépouiller des relents civilisationnels-colonialistes-faussement universalistes qui lui ont été collés. La modernité est faite de complémentarités et des oppositions entre le travail de la raison, la libération du sujet et l’enracinement dans un corps et dans une culture. »

Cette conception critique de la modernité, qui ne l’exclu t pas mais l’interroge en fonction des réalités de sociétés n on capitalistes :

. Mohammed Abdou et Jamaldine Al-Afghani 

. Ali Abderrazik ;

. Taha Hussein ;

. Mohammed Sabila qui en fait une analyse épistémologique à partir des travaux de Abdallah Laroui et de Abde-al-Jabri ;

. Mohammed Guessous ;

. Abdelaziz Belal.

. Mahmoud Mohammed TAHA, grand théologien rationaliste   soudanais, accusé d’apostasie et exécuté en 1985Bsur ordre du dictateur Gaafar Noumeiry.

. Faraj Fouda  ; grand intellectuel des droits humains, assassiné au Caire en 1992.

. Abdou Filali Ansari ;

L’Etat de droit comme système politique. la justice en étant la norme suprême, protégée par la loi et ouverte sur les primautés dois internationales.

L’Economie de marché sociale, solidaire et durable, comme levier du bien-être, de la stabilité sociale et la sécurité individuelle. Les modes de régulations des systèmes économiques et financiers par L’Etat soumettent en amont l es mécanismes du marché aux logiques politiques et cult urelles du projet de société. L’entreprise est au centre de cette vision, par sa nature, son fonctionnement et la citoyenneté de ses engagements. Il y a, bien entendu, le rôle de l’entrepreneur, il y la participation des cadres et des travailleurs . la culture de l’entreprise et ses missions sont déterminantes dans l’ édification d’une société de justice, d’équité et de solidaire envers les citoyens et envers le respect de l’intégrité et de la reproduction de la nature.

L’intelligence culturelle collective expression des créativités, des spiritualités et des liens qui confèrent sens et cohérence à l’ensemble. L’éthique est de plus en plus en éveil pour tirer le meilleur des nouvelles technologies, des intelligences artificielles et des technologies macro et micro.

A vec le recul, toujours nécessaire et salvateur, Il est entendu que le s valeurs de la gauche gagnerai en t beaucoup à méditer et à tirer les leçons des contraintes, des failles, des limites et des atouts des expériences d es systèmes politiques encore en fonctionnement et de ceux qui ne sont plus en place :

Les Etats communistes, les systèmes capitalistes ultra-libéraux, les social-démocraties, les économies sociales de marché, les pouvoirs autoritaires, les pouvoirs autocratiques , nationalistes et les pouvoirs populistes.

En s’édifiant, les valeurs de la gauche se transforment pour s’adapter à l’ ensemble. Elles mutent et se métamorphosent sans perdre leur quintessence.

 Cet ensemble n’est pas la somme des différentes parties. Elles sont le produit de l’histoire moderne . E lles sont des projections, des formes d’extrapolations des besoins différés, des aspirations, des attentes, des rêves, des imaginations et des revendications. Elles peuvent se retrouver de façons différentes dans des expériences, de s systèmes et des formes d’ organisations socio- politiques différentes . Elles ne se pervertissent pas, leurs contours s’adaptent dans les formes et les connotations, elles ne trahissent pas leurs natures et leurs essences.

Ces valeurs sont-elles tangibles et sont-elles encore en vigueur ?

Alors que les expériences affiliées idéologiquement au marxisme et au communism e ont implosé ou se sont étiolé en URSS, en Chine et ailleurs de par le monde ; alors que les partis communis tes traditionnels , les partis socialistes et les partis de la gauche extrêmes et d’extrême gauche, subissent de graves crises d’identité et d’ancrages dans les pays industrialisés développés et au Maroc ; que reste-il des valeurs de gauche  ?

Deux hypothèses nous semblent plausibles :

Soit que la gauche a fait son temps et que son idéologie, ses assisses sociales et ses impacts sur les conditions de vie du peuple sont obsolètes. Quid alors des concepts à la base de son fonds de commerce comme le peuple, la classe ouvrière, les opprimés, les prolétaires, les marginalisés, les exploités, les colonisés etc.  … ?

Soit que le s valeurs de la gauche ne constituent pas des dogmes et des vérités anhistoriques figées irréfragables. Elles doivent alors être revues, reformées, adaptées et contextualisées. Avant tout, n’est-ce pas les faits et les réalités qui déterminent en dernier lieu, les cohérences et les pertinences d es théories et d es paradigmes ?

L’Histoire ne va pas à reculons, elle avance, appréhende le présent éclairé par le passé et ouvre des horizons pour l’avenir.  

»il ne s’agit pas de penser le tout, mais à partir du tout » dit Aristote.

La modernité (revue et critiquée) , la rationalité (jaugée à l’aune des cultures et des identités) , la citoyenneté, le progrès, dans le cadre institutionnel et politique de l’Etat de droit, constituent bien la matrice des valeurs de la gauche.

Conjuguées en fonction de chaque contexte, elles distillent leur double dimension, universelle et culturelle.

« Les citoyens produisent la démocratie qui produit les citoyens  » Edgar Morin (leçons d’un siècle de vie  ; Denoël  ;2021.)

Après les crises successives des économies et des sociétés, depuis celle de 1929 et du nazisme, jusqu’à l’avènement des pouvoirs suprématistes, autoritaires, populistes, avec les crises de 2005-2008 avec les » sub-primes », la crise sanitaire Covid, les inflations et l es guerres en cours, les valeurs de la gauche sont en retrait, en berne et mises à l’épreuve.

Les valeurs de la ga uche peuvent-elles alors constituer ce vivier stable, crédible, qui invite au travail, à la culture, à la vie sociale organisée, au respect de la nature, à vivre les diversités, l es spiritualités et l’ouverture?

« La symphonie planétaire ne peut être faite que de la somme de diff érences qui ne sont en fait que des complémentarités… » Théodore MONOD (l’émeraude des Garamantes, souvenirs d’ un saharien. Actes -sud.1992).

La prise en compte des nouvelles formes de précarité, d es modes de travail adoptés , de la proli fération des services refuges, d es nouveaux enclavement s territoriaux et culturels, d es vieillissements des populations, d es migrations déferlantes et refoulées, des violences faites aux femmes et aux enfants, d es dérives possibles des nouvelles technologies, des réseaux sociaux, des espaces virtuels et d es risques d e dét ournements des impacts de l’I.A, est nécessaire.

Cela appelle de nouvelles visions du monde et de nouvelles articulations des valeurs de gauche aux sociétés et à l’éthique citoyenne universelle localisée et territorialisée.

Il est impératif d’être à l’écoute des citoyens pour bien comprendre avec empathie les mutations sociales pour anticiper et ouvrir les chantiers de l’avenir, les vrais ceux de la gauche.

Leurs missions  ? cultiver l es engagements pour un avenir meilleur pour toutes et pour tous dans le monde.

« Un système de valeurs morales construit sur la base du confort ou du bonheur individuel est tout juste suffisant pour un troupea u de bétail ». Albert EINSTEIN.

En conclusion :

Les conditions de pérennisation des valeurs de la gauche sont d’abord cu lturelles. Elles sont intrinsèquement et historiquement en é mergence dans la citoyenneté dans les économies développées.

Les valeurs de gauche sont-elles réductibles aux seules expériences socialistes ?

Le socialisme est -il compatible avec le sous-développement économique, culturel et social ?

Retenons que l es valeurs de la gauche ne sont jamais totalement achevées, elles se font en se faisant, elles sont en devenir.

Elles sont des idées, des pensées, des théories, des réalisations, des ajustements.

Leur matrice c’ est la liberté, la dignité individuelle, le respect, le bien- être, l’intelligence, l’autonomie, la responsabilité.

Modernité et Etat social sont les réceptacles vertueux de cette gauche en friches à reconstruire collectivement.

La vigilance reste de rigueur pour affronter les incertitudes avenantes sans renoncer à l’âme de la gauche : l’autonomie de la pensée humaine, à la fois raison, liberté individuelle, citoyenneté , spiritualité et émotions.

En redonnant du sens à la vie, la gauche retrouverait ces et ses valeurs fécondes.

Les besoins humains ne sont pas que matériels et consuméristes.

Ils sont aussi spirituels, psychologiques, pluriculturels, identitaires et affectifs.

L’Ethique et l’équité en sont l es vecteurs qui fécondent des imaginaires collectifs vertueux.

Les valeurs de la gauche, quand elles sont en question, tracent et guident vers l’avenir de l’intelligence humaniste collective. Elles sont en somme des projets renouvelés de contrat social sous des formes adaptées à chaque société à son époque et au monde . 

Rabat le 9 avril 2025.

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