Chronique,  Géostratégie,  Point de vue sur 2M

Les enjeux de la géopolitqiue entre pragmatisme et intérêts contadictoires

Le Système Politique International (SPI) à l’épreuve de l a remise en cause des paradigmes de ba se du multilatéralisme convenu.

Les t urbulences et les tensions entre des i ntérêts antagonistes dans la géopolitique mondiale se multiplient. Présagent-elles de fissures non prévues ou de recherches de nouveaux compromis. Un «  new – deal  » est –il en perspective ?

L’histoire ne va pas à reculons, c’est évident, mais elle balbutie parfois.  En tout cas , elle manque de visibilité et de lisibilité évidentes sur les évènements et les positionnements mondiaux en cours.

Quatre-vingt s ans après les négociations de Yalta, des paradigmes nouveaux sont annoncés. Ce ne se sont pas des doctrines clairement annoncées, du moins pour le moment.

Il y a la guerre en Ukraine, la première en Europe depuis la S econde guerre mondiale. I l y a la volonté de la Russie de Poutine de prendre sa revanche suite aux humiliations exercées pa r le système mondial libéral sur la fameuse URSS et son empire. Il y a la stratégie de la Chine de Xi – Jinping, prudente, prospective, à l’affût , en veille or donnée et en ordre de bataille. La Chine ne se mouille pas dans les grandes querelles mondiales, elle avance irrémédiablement vers son objectif ultime de devenir la grande superpuissance mondiale. Il y a aussi cette déferlante autoritaire et liberticide (cf.  » point de vue 2.M. «  précédent ) qui touche plusieurs régions du monde et qui remet en cause des m odus-operandi sociétaux.

Contre toute attente, l e président Trump a bien été élu par la majorité des américains. Les traits saillants de ce qui se profile de ses politiques est la refonte totale des fondements anciens pour d’autres paradigmes de gouvernance et de l’Etat fédéral des USA. Plus que de s mesures de politiques nouvelles, ce sont bien de s ruptures dans l es soubassements qui constituent jusqu’alors les grandes références de l’Amérique, parti républicain et parti démocrate confondus. Son slogan MAGA ( make A merica great aga in ) n’en éclaire que quelques facettes.

Le protectionnisme en est un aspect évident, mais tout à fait différent de celui qui figurait dans les annales du parti démocrate d’antan et non du parti républicain qui avait des traditions de libéralisme intérieur et international.

Les équilibres entre le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif sont sous pression, ainsi que la sacro-sainte indépendance et puissance des juges et des procureurs. L’architecture de la F édération entre le niveau fédéral et celui des cinquante Etats le constituant est bouscul é e fortement.

Le président Trump qui a décidé unilatéralement de retirer les USA de plusieurs organisations et traités internationaux ne veut plus que son pays assume le rôle qui lui est dévolu par son statut de première superpuissance du monde. C’est bien d’un bouleversement intégral des compromis sur la base desquels fonctionne nt les relations internationales depuis les accords sur le système monétaire international de Bretton- Woods en 1944 (Banque mondiale et Fonds monétaire international) qu’il s’agit. Les accords de Paris sur la limitation des émissions des gaz nocifs à effet de serre qui détériorent l’environnement ainsi que l’ A ssemblée générale de l’ONU, l’ O rganisation mondiale de la santé (OMS ), l’UNESCO, la C our pénale internationale, l’OMC, etc ., sont concernés.

Le président américain est en train de fournir une résonnance mondiale particulière à des politiques énoncées par d’autres chefs d’Etat s tels que le président Hongrois, la présidente du conseil italien et surtout le président Poutine.

Sa position sur l’O TAN sonne –elle le glas de ce traité, réminiscence de la guer re froide quand le monde affrontait les tensions de l’équilibre de la terreur entre l’Ouest , USA et Europe , et l’Est avec l’URSS ?

En entamant les négociations sur le cessez-le feu en Ukraine , entre ses représentants et ceux de Poutine, Trump augure des postures inédites en diplomatie ouverte traditionnelle. A sa manière et de façon impromptue, il marginalise à la fois les représentants ukrainiens, l’Europe et l’OTAN.

Habituellement en la matière, ces contacts sont informels , secrets et constituent le prélude à des négociation s ouvertes.

Le président américain fonctionne par ultimatums et définit à lui seul les termes des concessions que devrai en t faire les U krainiens, faisant fi de l’Europe et surtout de l’ Ukraine . A l’évidence, sans l ’ aide américain e et les armements de l’O TAN , l’Ukraine sera vaincue à coup sûr.

Le déplacement, tout r écent et datant de la semaine dernière, du cursus déclaratoire américain pour exiger du président Zelensky, traité il y a peu de ‘dictateur non élu’ , des contreparties pour les financements américains en partenariat d e l’ exploitation des gisements de terres rares représente un nouveau mode de positionnement pour des raisons économiques . C’est le renon cement frontal à c e qui s’appelait la protection par le parapluie américain de la sécurité des pays membres du T raité de l’atlantique nord contre toute agression extérieure, en vertu de son article 5.

 L’histoire retiendra peut-être que ce sont là les premiers jalons de l’abandon et du rejet de l’ordre mondial libéral qui a pourtant grandement contribué à la consolidation de la superpuissance du dollar, des industries, des technologies et de la diplomatie américaine  ! Tout ramener au « business » semble hâtif et de courte vue  !

Que dire de son auto-proclamation de super concepteur mondial de la future « riviera de Ghaza » pour le bien-être de ses deux millions et demi de palestiniens  à ‘ exiler’ dans des pays voisins ? Comment interpréter la déclaration du président Trump sur le projet de contrôle du Goéland rattaché au Danemark et celle sur le Canada cinquante-unième E tat des Etats –unis d’Amérique ?

Le libéralisme est né historiquement de la maturité de conditions favorables culturelles, religieuses, sociales et politiques d’abord dans les Pays-Bas et l’Angleterre, puis en France, en Italie, en Belgique et en Allemagne . Les émigrés européens l’ont implanté en Amérique où il s’est totalement métamorphosé.

Le libéralisme social, culturel et politique est concomitant au développement du capitalisme. Ce p hénomène considérable constitue bien un fait de l’histoire des différentes cultures. Il n’y a pas de lois économiques ou politiques qui puissent affirmer que tout capitalisme est automatiquement démocratique. Il l’est devenu en Europe, aux USA, au Japon et ailleurs, mais rien ne justifie la concomitance des deux systèmes partout et par tous les temps.

Le capitalisme mondial ne s’est-il pas bien consolidé depuis le XIXème siècle avec deux facettes à connotation schizophrénique : l’une libérale à l’intérieur et l’autre dominatrice, colonisatrice et impérialiste à l’extérieur ?

Assiste – t-on à une divergence et à la rupture de la synchronie entre démocratie libérale et capitalisme ? va -t- on vers la découverte d’autres modes de démocraties ? Vers des modes de production d e richesses autres que le capitalisme et les systèmes d’ économies administrées par le  «  parti- Etat  »  ?

Les clins d’œil de la géostratégie pourraient fournir à court terme des éléments de réponse à cinq questions fondamentales :

Les déclarations et les actions mises en br anle par le président Trump sont-elles des composantes d’une vision globale d’un nouvel ordre mondial ?

Assiste-t-on à la fin de la suprématie de ce qu’il est convenu de nommer l’ O ccident ?

Quel scenario le président à vie Poutine pourrait-il adopter pour le retour de la Russie comme héritière de l’empire soviétique , nouvelle version , sur la scène internationale du bilatéralisme  ?

Quel s pourraient être les leviers de «  America- first  » sans l’OTAN et sans l’Europe et le Japon ?

La Chine, qui ne sera assurément pas mise en échec par les politiques protectionnistes américaines de taxation, pourra – t- elle mieux se développer dans les segments technologiques et économiques de l   ’avenir pour prendre le leadership du système politique international avec l’appui de ses partenaires des BRICS, ses richesses naturelles considérables et ses diplomaties prudentes, persévérantes et résilientes.

Les leçons à tirer de la fameuse fable «   la cigale et la fourmi  » sont-elles encore d’une actualité aussi lancinante  ?

Rabat le 28 f évrier 2025.

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