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Préface par Driss KHROUZ – Sept essais sur le judaïsme, la pensée hébraïque et sur l’affluent hébraïque de la culture marocaine

Mohamed EL MEDLAOUI.

Sept essais sur le judaïsme, la pensée hébraïque et sur l’affluent hébraïque de la culture marocaine .

( O uvrage en arabe)

Préface. Professeur Driss KHROUZ.

Le professeur Medlaoui présente dans cet ouvrage sept lettres écrit es à des moments différents, entre 1994 et 2024, en des circonstances différentes.

Avec des tons qui varient de l’analyse anthropologique, de la prospection historique, de la fouille linguistique, de l’étude littéraire, au plaidoyer politique et institutionnel, les sept lettres sont tissé e s d’u ne même fibre : la recherche multidisciplinaire sur les fondements d’une composante essentielle de la culture marocaine. Le judaïsme et le substrat hébraïque dans tous les domaines de la vie sociale.

Ce travail aborde une problématique essentielle du Maroc depuis les apports fondamentaux de la constitution de 2011 dans son préambule et dans son article 5. 

Dans la politique et la culture , marocaines, la question des langues est bel et bien l’expression de réalité s sociales et patrimoniales ancré es dans l’histoire du pays. Elles constituent des leviers déterminants de la société, de la citoyenneté et du devenir des marocains dans leur société et par rapport au monde. 

« L ’affluent hébraïque  »  est ainsi confirmé comme composante à part entière de la civilisation marocaine. L’affluent dans l’acception de la loi fondamentale signifie un processus continu, durable, profond et composante de la culture du pays comme totalité homogène, structurelle et pertinente.

Ce n’est pas un artifice de circonstance, une contagion éphémère et d’un passé mort et oublié ; l e judaïsme est dans l’ADN de la société marocaine.

Le concept « hébraïque » , ainsi choisi, véhicule la convergence de dimensions multiples. Elles ont contribué avec l’amazigh, l’ islam , l’arabe, le français et l’ espagnol à modeler ce produit historique et anthropologique, raffiné, complexe, riche et composite qu’est la civilisation marocaine.

En le prenant comme axe essentiel de la problématique des croisements des sept lettes , l’auteur le re p lace dans son contexte analytique et partant , social et politique global et de liens entre de s paramètres structurels que sont la religion, les langues, les littératures, les chants, les lieux de pèlerinage et le vécu d’hier et de demain des marocains de confession juive et des marocains musulmans. A travers les limons de cet affluent hébraïque qui participe de la cohérence et de la personnalité marocaine plurielle d ans le cours de la v ie sociétale en tant que tout, le passé irrigue l’avenir.

Le judaïsme marocain possède ses veines particulières qui ont la religion hébraïque pour site religieux et théologique et des ramifications proprement marocaines plurielles .

La question de l’ homogénéité des textes , des références et des écoles spirituelles ne se pose pas dans le s terme s de l’ uni t é mais dans celui de la fidélité à des filiations – avérées ou mythiques- qui lient et cimentent des communautés de croyants ancré e s depuis des milliers d’années dans des territoires différents du Maroc .

Maî trisant plusieurs langues et armé d’une approche anthropologique systémique, l’auteur a accès aux textes fondateurs dans les langues de leur écriture originelle. Il i nterroge ainsi les livres sacré s des communautés juives au Maroc. Les ramifications dans les interprétations sont analysées dans le contexte historique, social et politique de l’exercice de leurs cultes par les grands rabbins de la liturgie juive au Maroc. Le Maroc a produit des érudits, des savants et des théologiens de renom mondial dans les savoirs hébraïques et les multiples variantes de s écoles et des interprétations . Que ce soit en hébr eu ancien, en hébreu moderne, en judéo- darija , en arabe, en judéo-amazigh, en français ou en anglais, les savants juifs marocains et leurs filiations dans le monde sont des références incontournables dans les savoirs hébraïques. Avec minutie et application , Elm edlaoui ciselle les textes sacrés juifs dans leur diversité et dans leur adversité. Le lecteur est ainsi prolongé dans la richesse, la complexité et les méandres des fondamentaux de ces apports et de ces contributions des accumulations illustres que ces savants ont contribué à apporter à cette richesse universelle.

Les écoles liturgiques et théologiques marocaines sont illustres et depuis des dizaines de siècles. Comment peut-on les ignorer, les occulter et ne pas les valoriser dans notre pays ? Tout en s’inscrivant dans le tronc commun de la religion hébraïque , le judaïsme marocain est riche, origin al et mondialement reconnu pour sa profondeur, sa pertinence et l’encyclopédisme de ses rabbins, de ses savants et de ses auteurs. Des théologiens marocains juifs ayant rêvé, pleuré et écrit en hébreu, en arabe, en judéo-arabe ou judéo-amazigh sont étudiés à travers leurs apports aux savoirs religieux et spirituels et pas seulem ent dans leur composante juive.

Les références au grand penseur allemand de confession ju ive, Moises Mendelssohn, constituent selon El m edlaoui un des plus grands philosophes fondateurs d’un humanisme universel qui a inspiré les grands rabbins et penseurs mar ocains juifs dans leurs visions de la religion, de la communauté, des croyants et du monde.

En remontant dans les temps religieux, l’auteur retrace la chronologie des grands apports marocains à cette pensée qui oscille entre les acco intances avec les pensées des « siècles des lumières »  en Europe et les retranchements dans des mythes fondateurs locaux ou ceux consacrés par les itérations liturgiques . C’est une tentative intéressante que d’avoir interrogé les savoirs hébraïques maroc ains à l’aune des pensées dominan tes dans le monde.

Les approches historiques permettent ainsi de bien situer les contributions des Tochafims (les autochtones ) et celles des Me gorachims ( » expulsés  » d’Andalousie avec les autres mauresques de l’Espagne catholique).

Les œuvres théologiques , littéraires, anthropologues, artistiques et littéraires sont analysées à travers les grands auteurs, des noms illustres aussi bien au Maroc, au sein des diasporas juives marocaines dans le monde qu’au sein des milieux intellectuels.

Tout en analysant la richesse, la diversité et le génie de ces multiples créations intellectuelles, littéraires, artistiques et linguistiques, l’auteur met en exergue le paradoxe qui les caractérisent  : Ignorées et occultés au Maroc , qui a façonné les instincts, les émotions et les imaginaires de leurs concepteurs et créateurs, longtemps stigmatisées et marginalisées en Israël où beaucoup d’entre elles ont refait surface , ces productions culturelles ont subi et continuent de subir une double pénalisation.

Il y a b ien une littérature marocaine juive, avec des noms illustres, mondialement reconnus, dont les œuvres sont enseignées, étudiées et sont objet de recherches dans les universités illustres du monde ; mais pas au Maroc. Elles sont au même titre que les écrits sur le fait religieux , un miroir de la culture et la société marocaines. Une école judéo-marocaine ancienne de linguistique comparative a également bien existé environ dix siècles avant l’école allemande des temps modernes. Il ne s’agit donc pas d e relents nostalgiques pour réhabiliter un passé obsolète ; les œuvres de cette vaste littérature sont dans la matrice éternelle de la société et la culture marocaine d’ ici et d’ ailleurs, d’hier et de demain.

Cela s’étale sur un large horizon : d e s grands penseurs universels ( Moïse Ma ï monide, Elie Ben Amozegh ), aux anciens linguistes comparatistes ( Ibn Quraysh , Ibn Barun ). Des grands dialectologu es de notre temps ( Simon Levy ) aux grands philologues, historien de littérature ou sémio-pragmatiques ( Haïm Zafrani , Moshe Bar- Asher , Joseph Chérit , Joseph Tedghi , Ephraïm Hazan ) . Des grands créateurs de fiction narrative ou utopique ( Rabbi Makhlouf Abattante, Gabriel Bensimhon , Asher Knafo ) jusqu’aux défenseur s de l’identité marocaine de la deuxième génération diasporique de nos jours ( Sa my Shalom Chetrit ), et aux grand s chercheurs dans l’histoire du Maroc ( Germain Ayach , Daniel Shro e ter , Michel Abitbol , Robert Assaraf , David Gu e dj ) et tant d’autres dont les œuvres et les écrits respirent le Maroc .

Ceci , sans parler des manifestations de cet affluent hébraïque dans les domaines de la mystique et de la sainteté juive s ( Rabbi Salé Avi Hassira , Baba Heqqi Avi Hassira , Jacob bu- Ifergan ), de la création poétique et de chant s liturgiques ( Rabbi David Hassine , Rabbi David Bouzaglo , Rabbi Haïm Look ) et de l’empreint de cet affluent dans les domaines de l’ artisanat et des motifs décoratifs plastiques de la culture marocaine , depuis la bijouterie jusqu’à la numismatique, l’héraldique et les sceaux royaux . Même le fond patronymique des marocains musulman s fait état à cet égard de toute la lignée des patriarches du judaïsme, quelle qu’en serait les signification s . On a toujours jusqu’à aujourd’hui les Ayt Brahim , les Ayt Ishaq , les Ayt Yacob , les Ayt Yousf , les Ayt Moussa , les Ayt Haron , les Ayt Youssi , les Ayt Sliman , les Ayt Dawd dans plusieurs endroits distants du Maroc.

C’est à travers ce plaidoyer que le fil des sept essais de l’ouvrage décortique notamment les politiques des langues et cultures marocaines , les carences des universités, le s incohérences des confusions de populistes qui utilisent cette partie de patrimoine vivant des marocains du monde, ici et ailleurs, comme bouc –émissaire des injustices et des  violences que commettent le gouvernement et les extrémistes en Israël .

Le judaïsme marocain, ses langues, ses legs, ses génies sont antérieurs à Israël . Ils ont été créés et se sont développés au Maroc et par le nectar issu de ses langues, de ses tributs, de ses villes et campagnes les plus reculées ( Tafilalt, Iligh , Aqqa ) , de ses mythes, de ses heurs et malheurs. Il est temps de le valoriser, de l’enseigner, le diffuse r et l’ancrer dans son terroir naturel , historique et essentiel qu’est la culture marocaine dont il est une et indicible ramification.

Les arguments puisés dans l’histoire, l’anthropologie la linguistique et les perspectives socio-culturelles sont les fondements du plaidoyer scie ntifique de l’auteur pour cet  » affluent  » essentiel du Maroc, au même titre que l’appel à donner de la considération et la place qui lui sied à Darij a , cette langue, subtile dans ses intonations régionales et communes à tous les marocains.

L’hébreu comme le darija sont partie intégrante du patrimoine linguistique commun à toutes les langues et à la culture marocaine dans sa globalité.

Mohamed Elm edlaoui, par cette œuvre succincte et cette  » subs t a nti fi que moelle  » montre bien qu’il est bien par ses apports, par ses engagements continus et mesuré s , et surtout par son approche universitaire académique, un de ceux qui ont le plus et le mieux permis à cette lueur fragile mais précieuse qu’est  » l’ affluent hébraïque  » de résister, de durer et de continuer à produire les s emences qui attendent de mieux germer pour l’épanouissement de cette composante de la culture de notre pays.

12 10 2024

Driss KHROUZ.

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