Pendant et après le Covid 19
Le coronavirus – Covid 19- a frappé brutalement et se propage dans tous les continents et dans tous les pays au mépris des frontières, des niveaux de développement et des histoires particulières. Inconnu jusqu’à aujourd’hui, le virus s’est transformé en pandémie de niveau catastrophe mondiale. Le choc qu’il a ainsi provoqué a engendré des réactions différentes d’un pays à l’autre et partout c’est avec précipitation peurs et angoisses que des mesures souvent improvisées sont mises en place. Que la quasi-totalité des symboles et des paramètres de la mondialisation soient ainsi déstructurés en l’espace de quatre mois et quelque 4 milliards de personnes soient confinés dans le monde pose de multiples questions. Quoique regrettable en tant que tel, Ce n’est pas tant le niveau atteint par la mortalité qui soit inédit. C’est la brutalité de la propagation et la méconnaissance totale de la nature du virus et des thérapies pour l’éradiquer qui ont créé cette panique universelle. Outre le vaccin qui, comme tous les vaccins, demande du temps, des structures et des moyens considérables, les systèmes de santés préventives et curatives ne sont pas ou ne sont plus adaptés à ce genre de fléau, considéré, à tort, comme vaincu et du domaine du passé révolu. Le confinement brutal de milliards de personnes a arrêté les flux de biens et services, a mis un frein bruta l à la mobilité des populations. D es pans entiers de l’économie mondiale, de la fina n ce internationale et de la quasi-totalité des échanges culture l s et humains sont bloqués provoquant ainsi faillites, précarité et chute vertigineuse des recettes des Etats, des revenus des populations et l’appauvrissement de plusieurs millions de personnes. 250 millions de personnes sont menacés de famine dans le monde et les dégâts ne sont pas finis. L’effondrement des cours des matières premières en général et du pétrole en particulier en est un des symboles emblématiques de cette économie des énergies fossiles néfastes devenues indispensables. Les relations de l’humain avec lui-même , les relations sociales et les rapports des humains avec la nature se sont totalement métamorphosés en si peu de temps et sans aucune programmation ou volonté préalable. La politique, les Etats, les grands vecteurs de cette mondialisation si arrogante, sont pris de court et n’ont d’autres choix que de réagir dans la précipitation et sous pression. Les populations réagissent différemment d’un pays à l’autre et à l’intérieur d’un même pays ou d’une région. Les différents Etats n’ont pas réagi différemment, certains ont pris des mesures tardives et en catastrophe et le Cov id 19 a ainsi mis en échec leurs systèmes de santé malgré la mobilisation et les engagements des personnels de santé, de propreté, d’hygiène et de sécurité partout dans le monde. Au Maroc, l’Etat et à tous les niveaux de responsabilité et de compétences, a su agir et réagir à temps dès le début de la pandémie, avec détermination et en harmonie pour soumettre tout le pays à des mesures adéquates, courageuses, d’urgence sanitaire et de confinement accompagnées de dispositifs clairs d’accompagnement et de soutien aux franges vulnérables de la population. Tous les problèmes ne sont certes pas réglé s mais ce qui peut être fait l’a été. Les retombées et les impacts sociaux , financiers, économiques et psychologiques apparaitront au fur et mesure et nécessiteront des réponses fortes, douloureuses et difficiles évidemment. Globalement respecté et accepté, le confinement a créé de nouveaux comportements et de nouveaux modes de vie et de comportements, notamment par des rapports impensables il y a encore quelques mois avec la richesse, le consumérisme, le mépris de la nature, le fétichisme de la technologie et de la mondialisation. Les mesures de cloisonnement des sociétés et des populations montrent bien que la mondialisation ultra –libérale n’est pas la meilleure voie pour le bien être individuel et collectif des populations. P ar ses impacts catastrophiques sur les échanges, sur l’emploi, sur l’ aggravation de la précarité et de la pauvreté de millions de personnes , le Covid 19 démontre le danger des choix dominants dans le monde. Des modèles économiques qui privilégient la productivité , la compétitivité et les grands agrégats fin an ciers dictés par les bourses, et les économies s péculatives au détriment des régulations, des solidarités, des justices sociales et des solidarités intra et inter – nations sont dorénavant suspects . En poussant l’Etat en dehors de toutes les politiques stratégiques, le libéralisme mondialisé a sur dimensionné le marché pour en faire non pas un cadre mandaté pour l’organisation de l’économie au service de la société mais le centre de la stratégie globale des sociétés. LE Covid 19 a rappelé que le rôle du marché est subordonné aux choix politiques et culturels et que c’est par cette approche que le marché est un instrument au service de la richesse sociale et non au service d e l’enrichissement de minorités et du creusement des inégalités sociales et territoriales . Les secteurs et les activités considérées comme non rentables donc non essentie lles par la mondialisation, et s on vecteur le libéralisme, sont les services publics et les valeurs de base au x quels les sociétés ont recours en cas de crise grave : La santé, l’école intelligente, la culture, la nature, la solidarité, les liens sociaux, la cohésion sociale, la liberté individuelle , la justice, la stabilité politique et l a sécurité ne sont pas des variables marcha ndes ; elles sont l’essence d’une société et de l’ Etat qui la représente . Cette mutation si rapide et presque instinctive est une véritable révolution dans les vies des populations. Bien sûr que les pouvoirs publics ont pris et continuent de prendre les mesures de protection et de lutte contre les contagions et les transmissions du virus ; mais comme au Maroc , l’adhésion volontaire de la quasi-totalité de la population est tout à fait exceptionnelle. Les gens ont peur, c’est certain mais il y a aussi un retour de ce s élan s de patriotisme, de civisme et d’empathie si enfoui s chez les humains par les multiples occupations et autres parasites du quotidien ! Dans le confinement la personne redécouvre le temps, les stratégies pour ne pas s’ennuyer , la nécessité d’utiliser et maîtriser un ensemble d e technologies et de canaux numériques pour le télé -travail, l’enseignement à distance, les visioconférences et communiquer à distance par les formules type WhatsApp. Garder le lien social, familial, culturel et professionnel est devenu primordial. Isolé et enfermé dans un espace restreint et limité, la personne humaine découvre la vacuité de ce piège des apparences et des biens de consommation à outrance . C’est ainsi que se développent des élans et des actions de solidarité et de présence qui font prendre conscience des effets néfastes de la pauvreté, de la précarité, des inégalités, des injustices, des solitudes des personnes âgées et des privations que subissent les personnes handicapées, les réfugiés, les immigrés et les sans- abris. Quelques mois sans les pollutions des voitures, des avions, des gros cargos, des usines, des croisières et des loisirs qui détruisent sites et nature, suffisent pour montrer à tout le monde que l’humain est destructeur de son environnement si précieux pour tous, si fragile et si abimé par les forces de l’argent aveugle. Sans croire béatement à un changement total de modes de comportements, notamment les rapports des humains à l’argent, à la consommation, aux facilités que fournit la richesse et ses multiples tentations, j’ose espérer que tous ces témoignages de vie intérieure de chacune et chacun, ce repli sur la famille et les voisins, cette solidarité, ce besoin de lien social avec les autres, et cette écoute des personnes marginalisées et fragiles, marqueront , un tant soit peu , notre société pour un changement de culture individuelle et collective . Au niveau global, les engagements de l’Etat sur le plan sanitaire, social, économique et financier ont démontré que tous les paradigmes dominants sur le désengagement de l’Etat et la capacité du marché libéral à assurer à lui seul sécurité, stabilité, santé, éducation, emploi, revenus, et harmonie sociale, sont inadaptés et mettent en danger l’essentiel des valeurs qui cimentant une nation. Le rôle de l’Etat est primordial, c’est la politique et ses institutions qui cadrent le marché et coordonnent les actions de tous les instruments au service du bien-être social et politique individuel et collectif. En cela des leçons précieuses seraient tirées de cette épreuve si douloureuse à laquelle le Covid 19 a soumis l’humanité . Professeur Driss KHROUZ. .
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