Preserver et transmettre la memoire pour ancrer lalterite
Culture

Préserver et transmettre la mémoire pour ancrer l’altérité

Rabita Mohammmadia de Oulamas – Centre Taaruf.

Session du 1 juin 2022.

Les deux sessions pour lesquels j’ai animé les interventions et les débats portent sur « comprendre l’altérité dans les deux religions   » pour le premier panel avec les conférenciers Jean –Michel POIRIER et Ahmed SNOUNI et «  Altérité entre savoir et transmission « pour la seconde par Farid EL ASRI et O dile HARDY. Jean-Michel POIRIER aborde la question de « Qui est mon prochain  ? de l’ancien au Nouveau testament »  ; Ahmed SENOUNI expose « tout homme est : soit ton frère dans la religion ou ton égal dans la création » ; Farid EL ASRI parle de « plasticité (s)conceptuelle (s) de l’ipséité et ce l’altérité » ; Odile HARDY de « la considération de l’altérité dans l’encyclique Frattelli Tutti ». Les quatre conférenciers, à travers des prismes différents, vont montrer comment l’Altérité est une nécessité. Tout humain ne peut se définir et exister qu’au regard de l’Autre. En somme, l’Autre est une autre facette de soi. Un miroir où les regards se croisent et sont souvent déformés. Les religions y croient, le revendiquent chacune selon ses dogmes, ses rites, ses propres pratiques et le contexte socio-politique dans lequel elle est apparue et s’est diffusée. Il s’agit alors d’in triangle où les préceptes, le contexte et les humains interagissent. C’est dire que la cohérence de chaque religion doit être bien comprise en soi d’abord, doivent être prise s en considération aussi toutes les marges possibles et bassement humaines de pouvoir, d’ interprétation et d’ instrumentalisation. Les transcendances des religions sont portées par des sociétés , des contextes, des humains, des intérêts et des pouvoirs. Compliqué et passionnant que tout cela et que l’investigation de l’ Altérité bien comprise perm e t d’analyser. Loin de juger, il s’agit d e comprendre, pour redire, réinterpréter et infléchir dans le sens d u respect de chacun et chacune par l’ autre et de l’ autre par toutes et tous. Cette rencontre organisée par le « centre Ta’ ruf « de la Rabita Mohammedia des oulémas en partenariat avec l’association « mémoires de l’avenir », l’institut catholique de Toulouse « et la « fondation futur 21  », est la cinquième dans le cycle des «  rencontres internationale de Toumliline   «. Ne devrait-on pas parler des « rencontre sur Toumliline « et non de « rencontre de Toumliline  « ? On ne peut pas parler à la place de ceux qui l’ont porté e  ; on ne peut que l’étudier et essayer de rallumer la lueur d’espoir qu’elle a distillée à son époque et en son site international. C’est cette expérience originale, riche et inachevée, qui est explorée et interrogée dans cette rencontre. En plus du caractère intrinsèquement catholique du monastère de Toumliline et des choix de vie des moines issus du monastère bénédictin d’EN -CALCAT dans la région de TOULOUSE, la rencontre a pour ambition de poursuivre le travail de réhabilitation de cette brève brèche qui a porté la spiritualité, l’altérité et la conn aissa nce de l’ autre dans sa philosophie de vie. Bien sûr que les moin e s avaient leur propre credo : ils étaient habités par la volonté de bâtir des espaces de dialogue , de conn ai s sance et de reconnaissance mutuelle entre les humains à travers les croyances religieuses, spirituelles et autres. Les consciences spirituelles e t humanistes sont au centre de leurs questionnements dans les « rencontres internationales de Touimliline ». Occultée, instrumentalisée, ignorée, malmené e, la courte expérience dans ce monastère, de croi sements des croyances , des idées, des projets de société, est mise l’épreuve d’une démarche exigeante, objective, empathique et bienveillante pour en tirer les leçons possibles pour « interroger la spiritualité comme canal privilégié du dialogue et de l’ établissement des liens avec l’Autre » . Le vécu du monastère sur les hauteurs d’Azrou entre 1952 et 196 8, est porté par un contexte historique, culturel et politique tumultueux, complexe  : C’est le Maroc de la contestation du protectorat , l’exil du sulatn Moh ammed ben Youssef, les positionnements pour la liberté et le respect de la souveraineté du Maroc par les uns , l’ aveuglement colonial chez d’autres .C’est aussi l’ émergence des philosophies de libération, d’émanci pation des peuples et le tiers –mondisme en vogue à l’époque . Toumliline, convergence mondiale des intellectuels, des politiques et de jeunes a permis la consécration d’un esprit. L’Esprit de Toumliline c’ est le dialogue , l’écoute, la compréhension, le respect de la différence des idées et des croyances. C’est déjà un hymne au pluriculturalisme et à la consécration de la liberté individuelle dans un monde connecté, solidaire, stable, spirituel et humaniste. La mise en exergue des archives et des nombreux témoignages directs sur ce monastère, à travers l’organisation, les activités, le rayonnement, la solidarité vis-à-vis des enfants, des pauvres, des malades, des élèves et le respect absolu et fondamental du Maroc, de sa monarchie, de sa diversité linguistique et culturelle de son développement et de l’islam, impose de nouvelles lectures pour réhabiliter cette veine marocaine extraordinaire. Pour bien la comprendre, cette expérience doit être située dans sa globalité, ses exigences et ses visions g énéreuses au service du Maroc tel que les marocains le choisissent eux – mêmes . Quand on a bien compris cette lame de fond qui a tracé en profondeur, en partage et en ouverture, on a alors compris qu’elle est un maillon fondamental dans les chemins de l’altérité, du dialogue et de l’accueil de la différence comme essence de notre humanité. Elle revêt alors une dimension qui dépasse sa propre existence, elle a valeur d’exemple si ce n’est d e modèle ! Un rêve, l’esprit d e Toumliline  ? une parenthèse anthropologique à mettre au Musée de l’histoire ? assurément un beau rêve, une espèce de mythe et d’utopie, au sens grec antique du terme, qui peut guider les actions vertueuses. Driss KHROUZ.

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