L’enseignement est système
Avant d’aborder les différents niveaux du système de l’enseignement au Maroc, il est indispensable de voir la physionomie de l’ e nsemble pour mieux appréhender ses structurations. Analyser l’enseignement comme système permet de mieux saisir sa cohérence d’ensemble, celle de chacune de ses strates, leurs articulations, leurs intégrations mutuelles, les effets multiplicateurs générés, les effets disruptifs et les enfouiss ements et ruptures en actions L’enseignement est la matrice à partir de laquelle se détermine l’essence d’ une société. L a nature et le fonctionnement de l’enseignement dans sa totalité, dans sa globalité et dans s es interactions avec les composantes sociétales, produit l’intelligence collective, le lien social , la liberté individuelle. Il renforce les fondements de l’Etat de Droit et des institutions qui le portent. Il peut être aussi, et il est souvent, à la base des phénomènes pervers à travers l’endoctrinement , le ruissellement de valeurs théocratique s , la soumission, l’obéissance irrationnelle, la peur, l’hypocrisie, la corruption et la négation de la citoyenneté. L’enseignement, comme l’un des fondements de l’éducation est un marqueur important de tous les services publics et des valeurs culturelles à la base d’ un projet de société moderne : le lien social, la qualité du vivre-ensemble, la paix, la sécurité, la santé, la solidarité, la liberté individuelle, l’équité et la pro bité de la justice. « Si vous trouvez que l’enseignement coute cher, essayez l’ignorance » (Citation attribuée à Abraham LINCOLN.) On devrait parler d’enseignement et non d’ éducation. L ’ éducation est la résultante de plusieurs variables dont l’enseignement, la famille, le contexte social, l’ouverture du milieu, la mobilité sociale, le s médias et les réseaux sociaux. Entre 2000 et 2011, le Maroc a fait un diagnostic courageux et prospectif de son système d’enseignement et de formation. Des références instit utionnelles fortes et proclamées se succèdent, depuis la fameuse « charte de la réforme « élaborée par la CO SEF (commission spéciale Education-Formation) en 2000, jusqu’au nouveau modèle de développement, en 2021, en passant par les différentes visions datées et codifiées et la loi cadre en 2017. On sait ce qu’il faut faire. On ne sait toujours pas comment le faire au mieux et dans l’ accumulation. C’est que la problématique de l’enseignement n’est pas nouvelle. L’héritage est lourd à assumer. C’est par choix politique que l’Etat a décidé délibérément de casser progressivement tout le système public d’enseignement entre 19 65 et 1998. De puis le début du XXI eme siècle et de réforme en réforme, les tendances vont dans le bon sens, mais les résultats atteints sont loin des exigence s de l’économie, des évolutions des savoirs, des technologies et des écarts énormes avec les économies émergentes et développées. La mise en place d’un système d’enseignement moderne, efficace, qui responsabilise, développe les init iatives et permet une insertion sociale citoyenne dans le monde est une construction rationnelle, sereine et de longue haleine. Entre le compromis social vertueux nécessaire et l’efficacité, les marges de manœuvre du politique sont étroites. Le système marocain est complexe, composite, issu de plusieurs retouches, au gré des tendances politiques, des pressions conjoncturelles, des expériences extérieures mal adaptées et mal appliquées. Un système d’enseignent, ici comme ailleurs, a peut-être besoin de passer par une phase, bien cadrée et bien négociée, de « destruction créatrice «. Pour cela une vision globale, intégrée, évaluée et corrigée doit servir de vec teur pour ce chantier majeur. Il ne peut plus obéir aux aléas politiciens qui font et défont les majorités gouvernementales et leurs programmes qui ne durent que le temps des proclamations soustraites aux évaluations et à la réédition des comptes sur les dégâts que subit ce service public de base. Plusieurs matériaux sérieux sont disponibles aujourd’hui pour une analyse critique et positive des politiques en cours ou en projet : L e bilan au titre de l’année 2020-2021, élaboré par le département de l’ éducation nationale et du préscolaire ; les évaluations internationales faites par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) ;(PISA, PENEA) ; le s ystème « licence –master- doctorat » ( LMD), le Bachelor et son abandon en 2022 et le nouveau modèle de développement national (NMD). Pour mieux étayer cette analyse et revenir sur les prérequis, les acquis, les attentes et les contenus, tant sur le plan quantitatif que structurel et qualitatif, il est opportun de revenir sur les questions et les éléments de réponse des chapitres clefs : Les bases de l’enseignement, les formateurs, les contenus, les cursus, les méthodes, les formations, les spécialisations, les qualifications, les comparaisons internationales et l’économie du savoir. La volonté existe au Maroc, les négociations et les démarches participatives ont donné de bons atouts. Les éléments mis en place vont dans le bon sens. Les retards accumulés sont énormes et les rythmes des mutations ne laissent pas de répit. Dans ce domaine, avancer ne suffit pas, c’est le rythme imposé par l’économie mondiale numérique et des savoirs qui trace les trajectoires et affiche les classements et les « ratings » Driss KHROUZ. Le 24 Février 2022.
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