C’est dans les épreuves que l’âme des nations se révèle. Gérer l’après séisme d’Al-Haouz
Point de vue 2M. Driss KHROUZ .
C’est dans les épreuves que l’âme des nations se révèle : Que la vie reprenne après le séisme d’al-Haouz.
La région d’al- Haouz a été frappée par un terrible séisme la nuit du vendredi 8 septembre 2023.
Les zones sinistrées dans le haut atlas occidental sont situées dans les montagnes et les vallées. Le nombre élevé de décès et de blessés ainsi que les habitations, les infrastructures et les monuments détruits et endommagés sont une catastrophe nationale.
Les décisions et les engagements de l’Etat, tous corps compris, s ont immédiats, prompts, massifs, bien organisés et efficaces.
Les mobilisations des associations, des citoyennes et citoyens ainsi que les contributions nationales et internationales qui se sont déployées, ou qui ont proposé leur aide, sont significatives de cette culture de la solidarité, de l’empathie et de respect dont jouit le Maroc et ses populations.
Après la nécessaire mobilisation en urgence pour sauver l es vies, sortir les personn es de sous les déc ombres et enterrer l es morts, il a fallu nourrir et loger les sinistrés sous l es tentes.
Paix à l’ âme des morts.
Saluons le dévouement, les compétences et l’engagement, sans faille et dans la grandeur de l’ âme , de tous les corps et instances qui se sont mobilisées à fond.
La conception des opérations, sous la présidence effective de Sa majesté, s’est faite dans l’ordre, la sérénité, la célérité et la mobilisation coordonnée, programmée et opérationnelle.
La solidarité nationale institutionnelle , associative et individuelle exprime bien cette vertu humaine qui ne demande qu’ à être sollicitée, interpellée et valorisée.
Passée l’étape de l’urgence, arrive celle de la reconstruction et de la restructuration.
Les débats à ce propos sont féconds et intéressants à plus d’un titre.
L’économie rurale et celle de la montagne est remise à l’ordre du jour.
Les douars touchés sont enclavés dans les sommets de s montagnes, les hauts plateaux et le s vallée s encastrées. Malgré les efforts déployés par l’Etat depuis une trentaine d’années pour l’ électrification rurale, la fourniture de l’eau potable, l’ouverture des routes et pistes et la construction d’écoles, les infrastructures sont encore insuffisantes dans des zones à habitats, en petits douars dispersés. Les populations en majorité pauvres tournées vers des petites activités agro- pastorales, et de tourismes épisodiques, vivent surtout de revenus que transfèrent les membres de la famille, en majorité des hommes, qui travaillent l’essentiel de l’année dans les villes, dans ces épiceries (lieux de proximité, de services et d’animations de quartiers urbains), dans les chantiers ou à l’extérieur du pays.
Les 120 milliards de dirhams , sur cinq ans , que l’Etat vient d e décider de consacre r à l a reconstruction et à la mise à niveau -des cinq provinces et préfecture – s’ajoutent aux aides directes aux sinistrés. L’ouverture du compte solidarité -126- va sû rement contribuer à ce financement .
La question de la reconstruction et restructuration se pose. Elle suppose que celle de l’économie des montagnes et des zones semi-arides soit mise en exergue, au-delà des discours de circonstance.
La grande caractéristique de toutes ces zones est de nature culturelle :
Ce sont des personnes, résident e s et non-résident e s , membres de familles, qui sont liées à des clans – ikhess-reliés à des tribus, qui sont-elles – mêmes des composantes de fédérations et de confédérations .
L’histoir e , l’ anthropologie et la sociologie montrent clairement que le lien social est essentiel dans ces territoires. Toutes ces populations sont re liées entre elles. Elles ne sont p a s nées d’abord dans un village , elles appartiennent surtout à une communauté de destin. C’est un tissu social total.
L’appartenance au groupe est la meilleure sécurité pour les ruraux et les montagnards.
Ce serait une grave faute que de vouloir les traiter comme des ruraux arrivés par l’exode dans des quartiers suburbains. Leur participation est primordiale dans toutes les étapes .
Le souk est un lieu de concordance sociale et culturelle.
Les matériaux dont sont construits leurs bâtis sont nobles, efficaces et adaptés à leur environnement.
Toute reconstruction doit partir de là et les utiliser dans des construction s patrimoniales, solides et confortables. Ce ne sont p a s le s matériaux qui sont en cause dans leur éc r oulement ; c’est la précarité des conditions de vie et de revenus des habitants. Le tremblement de terre est destructeur ; la pauvreté et la précarité ont accentué les dégâts.
Le programme de reconstruction et de mise à niveau insiste, avec raison, sur l’obligation de concertations et de participations des habitants à toutes les décisions et étapes de ce chantier déterminant.
Tous ces douars gravitent autour de chefs-lieux – souks, communes et caïdats- Chaque centre pourrait être un pôle local de développement .
Ces centres qui ont émergé ces t rente dernières années sont des espaces de convergence, de rencontres et de négociations. Ils peuvent fournir des hôpitaux efficaces, des lycées de qualité , des maisons de la culture et autres espaces de vie. La mutualis ation des ressources en ferait des ce ntres de toiles d’ araignées économiques au service des populations qui resteraient ancrées dans leurs liens sociaux et tribaux et ouvertes sur des espaces de vie modernes , où tous les services publics seraie nt disponibles et de qualité .
La mise à niveau gagnerait à associer la capitalisation des bonnes pratiques locales et régionales.
Rabat le 25 septembre2023.
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