Conférence,  Géostratégie

Entre angoisses et euphories, quelle vision, pour quel avenir ?

Université Euromed . Fès

Chaire EUROMED-ICESCO  « arts, sociétés et civilisations ».

Journée d’étude  : « Penser l’être et le monde en temps de conflictualités » . 31 mai 2023. Driss KHROUZ

Il en est des questions essentialistes comme des obsessions qui, sit ôt refoulées , reviennent avec force . Les insatisfactions, les dénonciations, les angoisses, les peurs, les rejets comme les acclamations, les apologies et les affabulations sont récurre ntes et font, somme toute, partie de réactions admises, conforme s à l’habitus et rythment le mouvement des calendriers, des évènements et des imaginaires . La paix, la guerre, l’ adhésion comme la réaction aux évènements sont la panacée d e la valse à plusieurs temps. Serait-ce le règne de la routine et des cycles  ? Une fatalité du quotidien pluriel et collectif  ? Hier c’était mieux disent les uns. Aujourd’hui est meilleur disent les autres. Et demain alors ? Il n’y a pas de baromètre de 1 à 10 du bonheur, pas plus du malheur. Quant à la question du bien et du mal, elle renvoie à des discours narratifs qui choisissent d’occulter et souvent d ’apporter des réponses à des questions qui ne sont pas posées, oubliant que de tout temps «  l’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’ elle peut résoudre  » (Karl Marx ) . Les conceptions du temps sont-elles l’image que renvoie le miroir de la vie pour justifier les actes humains, réussites comme échecs, les rêves et le règne de l’imaginaire comme les illus ions des dépassements renouvelé s des peurs ? De la pauvreté, la précarité, l’échec, la déchéance, l’incertitude, les aléas, la violence, la guerre, jusqu’à ’ultime problème sans équation qu’est la mort, l’être est confronté au temps. Quand la somnolence de la quiétude, de la stabilité et de la paix plombe les humains, les ondes paisibles l’ enveloppent d’euphorie. Quand l’angoisse surgit et les tam b ours des conflits résonnent, les repères se perdent. En ce XXIè me siècle entamé , l’homme semble aux aguets, souvent aux abois. Il est persuadé que le temps vient d’ailleurs. Il a l’impression qu’il ne le conçoit pas, ne le gère pas, ne le vit pas. Bien plus que de le subir, il lui est exogène . Plus que de paradigmes, le temps et la conflictualité du temps se posent en termes de sérénité, de désenchantement et de désarroi. Cela pose trois questions fondamentales : La place de l a personne humaine dans le monde. Le temps et l’ espace  sont fragmentés, écartelés. L’intelligence et les choix fondamentaux face au x bousc ulements des évènements . La personne humaine n’est plus au centre du monde . Les sciences sociales et l’économie sont e n crise dit-on, en fait c’est no tre humanité qui est en crise. Tous les paradigmes de l’économie sont basés sur un postulat choc que la personne humaine est au centre de tous les savoirs, de tous les pouvoirs et donc du monde. Et toutes les méthodes et leurs approches étudient les richesses, leurs essences, leurs déroulement s et leurs finalités en fonction de la richesse, des besoins, des utilités, d u travail, du profit et des acteurs qui actionnent le système. Les institutions et le marché organisent, fournissent les mécanismes et assurent les arbitrages nécessaires. Les crises qui sont des modes d’organisation interne du système retracent les cycles de fonctionnement et le remplacement de logiques obsolètes par d’ autres innovantes. Le temps est intériorisé , les cycles maîtrisés et engendrent des progrès. Les innovations adaptent l’ entreprise , le travail, les revenus et les modes de vie aux temps et aux espaces q ui à leur tour sont soumis à des fluctuations récurrentes .  Tout change et tout se métamorphose dans la continuité des crises, souvent surmontées, prévu e s et même programmé e s ( m odèles aléatoires , programmations linéaires, recherches opérationnelles, théories des jeux, théories du chaos, avantages concurrentiels des nations , algorithmes … ) . « L a surprise de l’inattendu ne doit pas être anesthésiée . Elle doit au contraire nous stimuler pour le comprendre , pour le penser et sans pouvoir le prévoir du moins pour nous y attendre ». Cette conception, dont la personne hu maine est le pivot, est l’émanation d’un monolithisme politique têtu et d’un darwinisme culturel envahissant. La technologie qui en est le mote ur en est le multiplicateur des paramètres et des dimensions et le gestionnaire des variables. La finance spéculative, l’information, les conditionnements des comportements, la prédominance des leviers virtuels, ont bouleversé la rationalité des agents économiques.  Quelle s significations ces fameuses catégories clés en main des économistes  sont-elles encore aujourd’hui  : Le choix du consommateur, la rationalité de l’entrepreneur, la monnaie, le taux directeur, la contrepartie de la masse monétaire, le profit, l’investissement, le prix, l’utilité, le budget et l’ équilibre général  ? Le capitalisme n’est plus mû par l’économie et l’ industrie. Il ne s’agit pas d’un changement d’échelle comme l’ont connu les sociétés et les économies depuis l’invention de l’imprimerie, de la machine à vapeur, du téléphone, du canon et la connexion des continents. Est-ce encore de capitalisme qu’il s’agit ? L’espace est progr essivement bousculé et chahuté .  D’innovations en innovations , i l est remis en cause et dépassé . La mondialisation crée ses marchés, pas ceux de l’économie réelle, pas ceux de l’économie administrée, mais les autres, ceux de la finance spéculative, volatile, numérique et virtuelle. Contrairement aux idées reçues, c e n’est pas le marché qui a créé la mondialisation, mais bie n la mondialisation qui a créé l es marchés selon ses propres logiques . Les outils ne sont plus les mêmes, les acteurs ne sont plus le s mêmes, le s logiques ne sont plus le s mêmes, les finalités ne son t plu s les mêmes. Peut- on encore prétendre que c’ est le même système , avec des styles différents ? Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les innovations inédites, les réseaux sociaux et bien sûr l’intelligence artificielle ont engendré autre chose que ce qui existait. Les fondements du passé économique, social, culturel e t politique ont été bouleversé s . On a tendance à oublier que le nucléaire et l’ internet ont été conçus dans les laboratoires militaires de la guerre entre grandes puissances . Ce n’est pas de mutation qu’il s’ agit ni de c hangement ; il s’a git d’une révolution, la fin d’un système et son remplacement par un autre. Ce ne sont pas les formes qui ont changé, la nature des phénomènes est autre. L’insondable pour le commun est dominant. Dans ce système, la personne humaine n’est plus au centre des enjeux ; au mieux elle les produit, les canalise. Les humains sont de plus en plus impuissants à les prévoir, les dompter et les canaliser.  Le s forces motrices des sociétés ne sont plus d’essence humaine. Le temps et l’espace ne sont plus de même nature, de même impact et renvoient à des références que très peu connaissent . Des paradigmes inconnus surgissent, dominent, prospèrent et voguent selon leurs propres dynamiques. L’humain baigne dans la facilité, dans la surabondance des désirs consuméristes et les réponses efficaces à ses problèmes de transport, de santé, de loisirs, de culture et de sécurité. Tous ces acquis fantastiques, indéniables ont leurs revers , ils sont de plus en plus visibles, agissants et excessifs. La personne humaine est prisonnière d’une multitude de connexions. « Le maître ce n’est pas l’homme , c’est le réseau ». Plus connectée comme jamais auparavant, la personne humaine est pourtant isolée. Surinformée dans sa bulle, sur tout et en instantané, elle vogue dans les illusions d’un pouvoir illusoire que la mythologie des réseaux sociaux lui inculque de seconde en seconde de 2 à 99 ans ! Les NTIC ont métamorphosé le temps et l’espace, les deux vecteurs majeurs de la conception du monde, créant ainsi le mythe de la surpuissance humaine. La société de consommation a englouti ressources, consciences et énergies . L’euphorie consumériste , porté e par les innovations tech no logiques et la culture des droits humains et de la liberté individuelle, a dominé et a vite fait oublier les mena ces du nucléaire et de la destruction massive . Cette autoreproduction est-elle ve rtueuse, vicieuse, créatrice ou destructrice ? Elle est dans tous les cas conflictuelle et source d’angoisses. Les mondes anciens sont morts, les nouveaux sont en train d e naître dans les incertitudes. Les angoisses sont de mise. Tout système est co nfrontations de forces, actions- réactions. Les champs des confrontations sont multiples. Le temps n’est plus chronologique, i l est fragmenté, médiatique, déclaratif , relatif, traversé par le doute et le désarroi. L’euphorie créée par l’aspiration collective au bien être total est pourtant parasitée par les rappels douloureux des éléments naturels. La personne humaine est-elle encore au centre du monde ? S erait-ce plutôt la vie et la planète terre qui sont la matrice indispensable et vulnérable ? A l’ euphorie d’hier et d’ aujourd’hui tend à succéder l’angoisse d’un futur qui nous échappe et nous déstabilise déjà . Les sciences de base, c’est -à-dire, humaines et sociales, sont mises en questions  ; elles sont cernées par le doute nouveau, pas la critique épistémologique, plutôt par un scepticisme paralysant. Le cyberespace est un lieu d’affrontements géopolitiques immenses à venir. La terre, l’air, les climats, les eaux, les cycles de la nature, le rythme des saison s et les ressources nat urelles pérennes sont perturbés et gravement endommagés. La voracité des économies et des sociétés, qui se sont développées en épuisant la terre et ses ressources, ont atteint leurs l imites et engendrent les effets de leurs propres déstructurations . La remise en cause radicale qui s’impose est que c’est bien la nature et la vie qui sont au centre du monde et non la personne humaine. Toutes les équations sont à repenser, toutes les visons doivent subir la loi de la critique profonde. la question du pourquoi ?et du pour qui ? se pose et elle préalable à celle du comment ?. Ces progrès prodigieux qui ont apporté un bien être considérable commencent à échapper aux humains. Ils les soumettent de plus en plus à des perversions sociales, à des contraintes dans l’ignorance de leurs impacts structurels, durables sur la santé mentale et physique, sur la liberté, sur l a cohésion sociale et sur l’ épanouissement culturel et spirituel. L e temps éparpillé, l’ espace fragmenté. De tout temps , les savoirs, tous les savoirs, se sont confrontés à la compréhension de l’intelligence des éléments de la nature et de sa physique. Le temps et l’espace en sont les variables clés. Maî triser le temps, suivre le cours du cheminement, articule temps, distances et espace. La physique est réelle, à dimension humaine dans ses calendriers et ses mesures, même avec les découvertes fantastiques de l’astronomie, des planètes, des voyages dans l’espace, des astres, des galaxies et de leurs millions d’années lumières et leurs vitesses astronomiques. L a physique quantique est encore une autre extrapolation d’une certaine conception du réel. Effective ou supposée comme telle, la maîtrise de l’évolution de ces savoirs et leurs impacts sont considéré s comme acq uis. Les plongées dans des passés aussi lointains que possible, dans l’archéol ogie, la physique, la biologie et l’astronomie, sont permises par les innovations scientifiques. Les variantes ramifications d e la physique, de la chimie et des mathématiques fournissent aux sciences sociales des théories dont elles font leurs postulats e t qu’elles n’ont pas à justifier pour les besoins de leurs analyses et de leurs extrapolations. Du physique et du biologique, aux comportements, aux relations et aux valeurs, les passerelles sont bien empruntées par les théories et leurs abstractions. Les découvertes et les innovations fantastiques dans l’infiniment grand et l’infiniment petit sont issues et évoluent avec l’intelligence humaine et l es progrès scientifiques. L’abstrait reste encore une approche du réel . La remise en cause de tout et par chacun n’est plus signe de connexion et d’ appartenance , elle est confusion de scepticisme, de relativisme, d’arrogance, d’ostracisme, de vulgarisme et d’effritement. La prétention de tous de tout savoir, en temps réel et dans tout lieu , apporte certes des satisfactions, elle crée aussi des isolements et en fin de compte des ruptures. Animal social, la personne hu maine risque de d evenir une « tête bien pleine » verrouillée, sans liens humains, sans milieu culturel partagé concrètement dans sa vie quotidienne, banalement utile et indispensable. L’euphorie procurée par les avancées technologiques et leurs bienfaits sont évidents et ont marqué la vie sur terre. Le progrès est bienfaiteur. A quel niveau de son extension et ancrage aligne-t-il les dérives, les peurs, les convoitises, les injustices, le s précarités, les inégalités, les révoltes , les haines, les destructions, l es violences et les cataclysmes ? Qu’en est- il, et qu’en sera-t- il, de l’univers suprahumain du virtuel et de l’intelligence artificielle ? « Ces outils complexes que sont l’intelligence artificielle et la robotique développés à grande échelle sans se préoccuper d’éthique peuvent déstabiliser notre écosystème. Plus les machines seront autonomes , plus se poseront les problèmes du contrôle et de la responsabilité » Au- delà, ou en deçà, de la mesure et du temps et de l’espace, ces énormes bouleversements dans l’innovation, l’information , la manipulation et l’intelligence, imposent des paradigmes totalement différents de ces catégories q ui ont façonné la vie des humains depuis des siècles. Le temps et l’espace se sont contractés, rétrécis. Le ur s unités de mesures sont devenu e s obsolètes. Le mond e virtuel e st -il enc o re un monde ou est-il une autre catégorie métaphysique à venir ? Les inventeurs des rés eaux sociaux y compris ceux de la « Stilicon V alley », les lauréats des grandes écoles et universités, qui forment les élites proclamées, dénoncent de plus en plus le s dérives des réseaux sociaux, l es addictions des ma nipulations des comportements, l es déchirures des tissus sociaux et desservent l’h umanité au lieu de l’épanouir. L ’euphorie enfante la peur. Les fondements de la société humaine sont mis à l’épreuve, quelles sont les voies vers le futur possible ? S’agit-il de « l’homme augmenté » ? L’ intelligence et les choix fondamentaux face à l’insaisissable . Les innovations fantastiques apportées par l’internet, les réseaux sociaux et les algorithmes sont l’une des deux variables principales qui vont probab lement déterminer le destin du monde des années 20 40.  L a deuxième dépendra enjeux stratégiques pour la suprématie mondiale, qui va se jouer entre les Etats-Unis d’Amériques d’un côté, la Ch ine de l’autre et entre les autres puissances régionales  : la Russie, l’Union européenne et l’Inde. Le cyberespace est déjà l’enjeu des confrontations à venir. Les bienfaits énormes de l’informatique, de la robotique et du numérique ont totalement façonné nos modes de vie   ; tout paraît ludique, fluide, euphorisant et anesthésiant , et pourtant ? Les leaders des GAFAM ( Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et Meta) sont les faiseurs de rois dans le monde. A partir de la «  S ilicon- V alley  » et de toutes les startups en pointe aux USA, en Chine, en Israël , en Europe, en Inde, en Iran, en Turquie et autres J apon et Corée- du sud, les innovations prodigieuses se multiplient et se répandent à la vitesse des nuages volcaniques. L’ivresse de la technologie est à la mesure de l’emballement médiatique et des fortunes colossales qui font irruption en bouleversant sciences, consciences et attentes des jeunes. Des crypto monnaies , la cybernétique, l’informatique, le numérique, la robotique à l’intelligence artificielle, les repères sont d’une autre nature et échappent à leurs propres géniteurs et concepteurs. Pensé d’abord comme un ensemble de passerelles vers le physique, le digital tend à lui substituer ses propres paradigmes. « Si la modernité se définit comme la foi inconditionnelle dans le progrès , dans la technique, dans la science , dans le développement économique, alors cette modernité est morte » L’euphorie du Trans – humanisme, de l’intelligence artificielle et de leurs pressions puissantes pour faire reculer sans cesse les limites des savoirs et des manipulations, se heurte à la conscience, à la mort et à la primauté de la nature. Pour être, l’Avenir ne peut être q u’ouvert et le risque sera sa partition . Comment apprécier alors les risques  et le d ésarroi qui ne peut pas être numé risé ; du moins pour le moment ? Des esprits avertis et v e rtueux , et non des moindres , démontrent que la révolution numérique et robotique distille progressivement et irrésistiblement la servitude volontaire collective et l’éro sion des libertés individuelles . Le s «big-data » sont à l’œuvre . L’ADN de toute l’ humanité est collecté, organisé , conservé, communiqué et manipulé avec l’assentiment, l’ignorance et la complicité passive des personnes. Les maladies sont de plus en plus vaincues, les espérances de vie se rallongent, les informations sont accessibles instantanément, partout et par tous. L’humain est comblé de satisfactions, il est connecté partout de jour comme de nuit. Pour tous ces prodiges, tout le monde est sous contrôle et surveillé et inféodé à cet étau qui veut aller vers l’insondable en soumett a nt , aux forces artificielles virtuelles, humain et nature. Pour affronter la vie et ses contours, en domestiqua nt numériquement l’intelligence, la technologie ambitionne d’aborder le socle essentialiste, qui a de tout temps préoccupé toutes les croyances, toutes les religions, toutes les philosophies et toutes les sciences depuis que la vie existe sur terrain. Le défi à la mort est bien mis dans les équations infinies des algorithmes ! Les grand e s plate s-formes et les grands mot eurs de recherche conservent et gère nt toutes les données sur l’ensemble des savoirs universels et de toutes les histoires ; Puissance r edoutable et prodigieuse , à la merci du meilleur comme du pire  ! «  Ces derniers mois ont vu les laboratoires d’intelligence artificielle s’enfermer dans une course inc on trôlée pour développer et déployer des cerveaux numériques toujours plus puis sants, que personne – pas m ême leurs créateurs – ne peut comprendre, prédire ou contrôler de manière fiable » . Après les progrès vertigineux de l’ intelligence artificielle, notamment les derniers exploits de Deepmind , Google-home, Alexa-Amazon, Duplex, ChatGPT , Midjourney , Open – AI et autres start-ups , d es formes révolutionnaires d’intelligences infiniment plus puissantes sont en préparation. Avec l’IGA ( intelligence généralisée artificielle), toutes les barrières de l’ intelligence risquent d’être frappées d’obsolescence . Pour conclure : L’intelligence n’a jamais été monolithique et singulière ; elle a été et sera probablement toujours plurielle. L’essence de l’intelligence et de l’innovation est d’engendrer le progrès pour le bien être, la paix, la sécurité et le développement dans le monde. L’innov ation constitue bien le vecteur déterminant de l’évolution progressive du monde depuis plusieurs siècles. Malgré les maladies, les famines, les pauvretés, les inégalités de qualité de vie, les cataclysmes et les guerres, les conditions des humains sont plus confortables, plus paisibles, plus satisfaisantes et plus valorisantes. De l’imprimerie à la machine à vapeur et aux NTIC, jusqu’à la bombe atomique et la robotique d’exécution, les technologies sont restées sous le contrôle, la maîtrise et les dimensions que l’humain leur assigne. Au-delà des excès en vigueur, les sciences restent encore soumises au cadre que les politiques, les cultures et les va leurs sociales , leurs assignent dans le contexte des sociétés et du concert des nations. D es espaces de critique, d’alerte , de réforme et de régulations existent pourtant et sont sollicités et imposés par l’opinion publique citoyenne avertie et vigilante. Les détériorations criantes des équilibres écologiques et leurs impacts néfastes, sur la terre, sur l’air et sur toute forme de vie , a ltèrent profondément les vies, l’éthique et les consciences. L’individualisme auto-satisfait, la vulnérabilité psychologique et mentale exacerbées par les excès de la surinformation et de la Connexion passive ambiante , ont envahi le monde d’un sentiment diffus de scepticisme et d’angoisses. Le rétrécissement de l’espace pulvérisé par la mondialisation des NTIC, s’ accompagne de plus en plus de la fragmentation du temps qui en devient d’autant plus virtuel qu’il s’appuie sur des supports et des catalyseurs inédits, mal connus et dont les prodigieuses capacit és dépassent t outes les connaissances accumulées. Les grands apports de ces différentes intelligences artificielles sont énormes et positifs. Les excès et l’emballement des innovations révolutionnaires qui se bousculent échappent au contrôle de l’encadreme nt politique, éthique et social . La démocratie est mise- à-mal par ces superpouvoirs encore inimaginables à la fin du siècle passé. Les limites franchies et l’ ignorance des effets à venir de ces innovations posent de graves problèmes à l’humain, à la nature et à toute la planète. Sans conscience, sans sentiments, sans émotions, sans imaginaire, sans liberté individuelle, sans prise sur l’avenir, sans mythes, sans spiritualité, sans rêves, sans le respect de la nature, de ses exigences et de ses équilibres, sans respect des diversités des vies, des cultures et des valeurs en dialogue, le monde serait un  » trou noir  » d’ angoisses. Tout le contraire de l’intelligence.

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