Géostratégie,  Point de vue sur 2M

Les relents de l’histoire

Point de vue 2M. Driss KHROUZ.

Beaucoup de choses sont dites et se diront à propos de la guerre en Ukraine. Ce qui ne s’analyse pas suffisamment , en revanche, c’est l’impact de la chape de souffrance que cette guerre met sur des peuples au premier abord, et le fait qu’elle est également susceptible d’ hypothéquer les progrès humanitaires réalisés depuis plus de trois décennies dans le monde. N’en déplaise aux stratèges et assimilés qui situent les finalités de la politique dans la puissance militaire, technologique et financières pour dominer  : l es enjeux essentiels qui constituent le socle de notre humanité ne peuvent être cernés qu e par des voies de paix et de respect de la souveraineté des Eta ts. Des négociations pour l’arrêt des hostilités et pour renouer avec des accords en vue de mettre fin à cette guerre finiront inévitablement par avoir lieu. Il est probable qu’il n’y ait , à l’issue de cette guerre, ni vainqueur total, ni vaincu total.  Il est certain, en revanche, qu’ il y a it des souffrances, des malheurs, des rancunes, des violences et des haines de part et d’autre et bien entendu aussi ailleurs que chez les deux camps belligérants Toutes les parties, à commence r par le président Poutine, savent pertinemment que les conséquences de l’utilisation de n’importe quel arsenal atomique s eront catastrophiques pour tous sans exception. Une guerre qui dure fera de plus en plus de dégâts, de morts et ma rquera à jamais des générations . La force d’un Etat n’est pas de faire la guerre mais d e rechercher et de bâtir la paix ; c’est dans ce sens que l’on peut comprendre l’adage qui appartient à un autre temps  : « Si tu veux la paix , prépare la guerre », sauf que dans ces cas , la paix ne peut pas s e prépare r entre les belligérants seuls dans leur face à face ! Nous l’avons dit, la souveraineté de tout pays est inviolable  ; tous les problèmes doivent trouver leu rs règlements par la négociation dans le cadre du droit international. La Russie est l’agresseur, l’Ukraine est l’agressé , mais ce n’est pas aussi simple. Les racines d e ce conflit et surtout les racines de s ressentiments remontent loin et elles sont parfois liées aux mutations territoriales et aux transformations de ces pays non pas depuis l’implosion de l’URSS mais depuis la révolution russe de 1917 et bien avant . Il est vrai que récemment , en décembre 1991, après la démission de Gorbatchev, les 15 Etats de l’union soviétique re prennent leur indépendanc e . L’Ukraine qui en a fait partie du 30 décembre 1922 au 24 août 1991 comme république socialiste soviétique retrouve son indépendance d’avant 1917 et on assiste à la dislocation de l’URSS comme on a assisté à la chute du Mur de Berlin. Bien que le nombre de nostalgiques de l’URSS ne cesse de croitre, I l faut cependant analyser d’autres éléments que le déroulé militaire . L e destin de la Russie et celui de l’Ukraine sont scellés par une histoire commune et leur histoire particulière. Les relents de l’histoire ne se dissolvent pas dans les rapports de force  : ils se conjuguent dans les visions globales dans lesquelles les intérêts des uns doivent préserver ceux des autres. L e compromis et la médiation sont les mots clés. Face à la Russie , le vis -à- vis ne doit pas être l’OTAN. De cette guerre dont les peuples des deux bellig érants sont les victimes, les Etats–Unis et l’ U nion européenne sont les grands gagnants à court terme. La Chine e st aux aguets et se positionne dans une neutrali té de façade et de circonstance. La confiance est rompue avec les Etats- Unis.  Toute la géostratégie des vingt prochaines années tournera autour des rapports de force – apparents, feutrés ou latents- entre les Etats-Unis et la Chine , déjà 2 ème puissance mondiale qui continue à avancer . Et c’est la relation à la Chine qui déterminera toutes les stratégies américaines à moyen terme. L a Russie ne fait pas le poids. Le plan de paix proposé par la Chine pour le règlement du conflit est un non-l ieu politique, un pion diplomatique tout au plus. C’est l’ O rganisations des Nation s – unies (l’ONU), ses organes spécialisés et son secréta ire général qui sont défaillants de manière lamentable . Son conseil de sécurité est une caisse de résonnance qui amplifie tous les rapports de force et exacerbe les tensions. Les tr ois membres dominants ce conseil , Les Etats-Unis, la Russie et la Chine , sont désormais positionnés dans des trajectoires de tension et non de paix mondiale. Les résolutions de l’assemblée générale, qui n’ont jamais eu de force juridique, ne sont au mieux que des injonctions de circonstance . Pourtant les accords de Minsk , signés en septembre 2014 pour arrêter la guerre dans le Donbass , auraient pu cons tituer d es prémices prometteuses pour des négociations multilatérales sérieuses. L’ U nion européenne aurait pu et aurait dû s’ impliquer plus fortement dans les médiations , car l’aide qu’elle octroie est également un investissement rentable, et persévérer, en dehors de l’OTAN, et avec le soutien de l’ONU, dans la recherche de c o mpromis . A cculer un «  sanglier ‘ politique ’ – revanchard  »   comme Poutine à des voies aux issues terribles pour le monde entier et en premier lieu pour l’Ukraine et la Russie , n’est pas conforme à la vision stratégique d’une union europé enne politiquement souveraine se positionnant comme alternative démocratique mondiale ! Tout cela montre bien que les acteurs politiques ne savent pas, et souvent ne veulent , pas t irer les leçons de l’ H istoire. Avec cette guerre au cœur de l’Europe, l e monde se dé tourne des urgences impératives et plonge dans la guerre et ses impacts. Tous les grands défis du monde sont alors relégués au second plan ; que l recul, quelle régression ! L’Histoire ne va pas à reculons, elle avance bon gré mal gré. Elle peu t aller vers le mieux comme vers le moins bien. Espérons que le pire n’est pas à venir  ! Le monde n’a pas besoin d’armes  : il a besoin de paix, de respect de la nature, de stabilité et de sagesse. Rabat le 28 f évrier 2023.

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