Économie,  Point de vue sur 2M

Le Forum de Davos

Point de vue 2 M. Driss KHROUZ

Le Forum économique mondial de Davos  (World Economic Forum : WEF) s’est tenu cette année du 16 au 20 janvier, après deux anné es d’absence en raison du confinement et de la crise du Covid. Depuis 1971, cette tribune se tient chaque année dans la station alpine de Davos en Suisse. La seule exception à cette règle, pour le lieu , est la session tenue à New-York en2002 , en hommage à cette ville qui a subi les attentats du «  World Trade center  »   le 11 septembre 2001. Son fondateur, Klaus SCHWAB , professeur d’économie à l’université de Genève, l’a initié pour «  apprendre aux chefs d’entreprises les meilleures pratiques en matière de leadership et de gestion ». Il a alors invité 44 chefs d’entreprises d’Europe occidentale pour participer à la première édition de ce forum . Le WEF est une fondation de droit suisse de lobbyin g , à but non lucratif, enregistrée à Genève. Entendez « lobbying » au sens qu’il a dans la mondialisation, à savoir un outil reconnu de promotion des intérêts des acteurs concernés ; il n’a rien d’illégal en soi dans le monde du business. L’objectif affiché du F orum est  «  d’améliorer l’état du monde ». Depuis, il n’a cessé de se développer et de prendre une place de plus en plus importante dans le paysage médiatique du monde capitaliste. L’élargissement et la structuration de la mondialisation autour du libéralisme financier, son pivot, en ont fait un rendez-vous et une tribune   certes controversée mais incontournable. Pour ses initiateurs et animateurs contemporains et ses adeptes, le Forum a pour v ocation de refléter les forces e t les faiblesses de l’économie mondiale à travers ses grands décideurs multiples et variés.  Ces animateurs le présentent comme un moment de débat sur les ré gulations nécessaires à l’économie mondiale et aux grandes questions de l’heure. Pour ses détracteurs et ses critiques , il constitue, pour les riches et les d ominants , une légitimation de leur pouvoir et de leurs assises, un club de « jetsets » en villégiature, entourés de montagnes enneigées dans un raffinement feutré à la mode suisse ! Le conseil d’ administration du F orum est constitué de 22 administrateurs , chefs d’entreprises leaders en majorité et de quelques représentants politiques. Ces grands financiers dirigent pour la plupart des entreprises dont le chiffre d’affaires excède les 5 milliards de dollars U.S. ( 4 ,7 milliards d’euros). La participation au Forum se fait uniquement sur invitation. Les droits d’adhésion sont de 34.000 euros par an et  la participation à la rencontre annuelle de 14.500 euros . L’édition 2023 s’est tenue dans une ambiance tendue par les conséquences des crises sanitaires, par la guerre en Ukraine, par les crises de l’énergie, les baisses du pouvoir d’achat dans le monde et les tensions entre la Chine et les Etats-U nis à propos de Twain , sur le protectionnisme et le commerce mondial. Quelques 3.000 personnes ont participé cette année aux 220 sessions prévues au programme, dont 1500 officiels. Les représentants des gouvernements, des associations et des médias qui sont invités au x frais du F orum et ne paient pas de frais de participation, prennent néanmoins en charge leurs frais de s éjour. Le thème retenu est « la coopération dans un monde fragmenté ». Le chef de gouvernement , Aziz AKHENNOUCH , y a participé le 18 janvi er et a présenté les grands projets d u Maroc, notamment en matière de développement des énergies renouvelables propres ainsi que sa contribution à « la décarbonation de l’économie mondiale ». La philosophie du F orum a évolué au gré des mutations de l’économie mondiale. Malgré la prédominance des grandes multinationales qui persistent à défendre la m ondialisation ultra- libérale, des leaders capitalistes, entrepreneurs et politiciens, considèrent de plus en plus que la mondialisation ne peut pas , à elle seule , organiser la paix, la justice et une meilleure adéquation des richesses dans le monde. Un monde fragmenté signifie que les grands mythes de la globalisation se sont avérés illusoires. Le retour des guerres militaires, commerciales, le dumping, le protectionnisme et la quasi-léthargie de la fameuse OMC ( O rganisation mondiale du commerce), sonnent le glas de la globalisation et montrent bien la fin du cycle de cette mondialisation qui a servi de cadre au développement arrogant du capitalisme technologique et fi n anc i er dès la fin des années 1990. Le rapport publié par OXFAM au moment même où se tient le F orum éclaire bien le s dérives de ce modèle :  «  Les inégalités économiques ont atteint des niveaux extrêmes et dangereux … 1 % des riches accap are 60% des richesses produites … mettant l’avenir de la planète en danger ». Ce rapport montre bien que, contrairem ent aux idéologies des thuriféraires et des grands spéculateurs, la mondialisation n’est qu’un cadre  : elle n’est pas un sujet ou un acteur . La globalisation n e vaut que c e que les décideurs en font. Le capitalisme n’est pas né injuste, inégalitaire à l’excès et destructeur de l’envi ronnement, il l’est devenu de déviations en excès ! En arrivant à mettre en exergue toutes ces contradictions et dégager des voies alternatives, le Forum de Davos n’ en est pas moins utile. Ce n’est qu’un forum avant tout ! Rabat le 28 janvier 2023.

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