Les Marocains du monde, quelle analyse socio-politique
Point de vue 2 M, Driss khrouz .
Les Marocains du monde (MDM), quelle analyse socio-politique ?
La magnifique prestation de l’équipe du Maroc de football à la coupe du monde a remis à l’ordre du jour le grand intérêt que suscitent les marocains qui vivent dans le monde.
Le dernier rapport du CESE (Conseil économique social et environnemental) – « Renforcer le lien intergénérationnel entre les marocain(e)s du monde et le Maroc ; les chances et les défis » – objet d’une auto-saisine, fait le point sur leur nombre, leurs pays de résidence, la proportion de femmes, celle des hommes ainsi que leur situation juridique.
Le dépouillement de cette étude intéressante fournit des informations sur leurs positions économiques, sociales, leurs choix de vacances, de transferts d’argent au pays, leurs attentes et leurs revendications, etc.
Ce rapport est élaboré sur base d’un questionnaire déclaratif sur un échantillon de 4651 répondants sur un « nombre d’interactions avec le questionnaire qui atteint 91520 ».
En dehors de ce rapport et d’une façon générale, une remarque préalable s’impose à propos de l’imprécision des termes à ce propos. « Il suffit de nommer la chose pour qu’apparaisse le sens sous le signe » (Léopold Sédar SENGHOR).
On parle de MDM pour parler de la diaspora marocaine et pour désigner les marocains qui vivent en dehors du Maroc quel que soit leur statut résidentiel, patrimonial, religieux ou linguistique. Malgré les insinuations de la sémiologie, ces vocables ne concernent pas les marocains qui résident au Maroc.
Notons d’ores et déjà une avancée par rapport au tout premier TME (travailleurs marocains à l’étranger), remplacé pour des raisons évidentes par le traditionnel MRE (résidents marocains à l’étranger). En effet ce dernier ne concerne que le seul statut de résident et n’intègre pas les marocains binationaux qui se déplacent et qui peuvent changer de pays. En raison de l’évolution des mentalités, il fallait une expression qui s’écarte de la qualification d’émigré ou d’immigré, ce que la plupart ne sont pas et qui puisse tenir compte de la mondialisation de cette migration marocaine.
Les termes ‘migrants’, ‘émigrés’, ‘immigrés’ ne couvrent plus qu’une minorité de conditions et présupposent des situations censées être transitoires.
Au-delà des mots, de quoi parle-on, même si nommer les choses avec précision aide à mieux les cerner et à les comprendre ? Les migrations marocaines et internationales ont tellement évolué et les mixités sont tellement ancrées que les remises en cause des approches, des concepts et des réalités doivent être de rigueur scientifique.
Comme l’ont rappelé plusieurs discours du Roi et beaucoup d’études dont celles du CCME (Conseil consultatif des marocains à l’étranger), la situation de ces MDM vivant dans d’autres pays n’est pas un sujet de conjoncture ou de circonstance. Ce qu’ils sont, ce qu’ils vivent, les concerne d’abord.
Mais Comment analyser ce phénomène ?
Comment aborder ces citoyens marocains du monde ?
Certainement pas en les enfermant dans des catégories nationalistes étroites identitaires. Ce sont des citoyennes et des citoyens que le sort ou leur vie ont placé, de gré ou de force, dans des trajectoires et des cheminements qui sont les leurs.
Au-delà des sentiments et des instrumentalisations, ce sont des vies qui se déploient.
Dans leur majorité, ils ont choisi de vivre en tant que citoyens dans d’autres pays du monde, dans un pays d’accueil devenu le leur par la force des choses, où ils sont aussi responsables politiques, universitaires, institutionnels, territoriaux, sportifs et associatifs. Ils ne sont ni monolithiques, ni conformes aux images que d’autres se font d’eux soit par généralisation ou par transposition d’images du passé, soit en les assimilant à des catégories types du Maroc.
Ils sont pluriels, différents, tiennent à leur liberté et à être respectés tel qu’ils sont.
Quel leurre que de vouloir, coûte que coûte, les enserrer dans des cases culturelles, cultuelles, sociales, familiales et politiques convenues ?
Je ne pense pas que tel ou tel ministère, institution, commission, comité « Ad hoc », guichet unique, « e-learning » ou autre organe dédié soit la seule solution idoine aux problèmes qu’ils soulèvent.
A cet égard, il y a lieu de rappeler quelques évidences que leur écoute prolongée me suggère :
Rationaliser les actions des intervenants institutionnels dont beaucoup se neutralisent, se chevauchent et sont démultipliées sans valeur ajoutée,
Les écouter et leur donner la parole dans leur pluralité, de façon organisée et institutionnelle,
Respecter, sans paternalisme, leurs vocations, leurs choix, leurs valeurs, tels qu’ils les vivent et non tels que l’on souhaite qu’ils soient,
Leur permettre de faire leurs choix financiers, patrimoniaux, culturels, linguistiques, de loisirs et de conscience en toute liberté, dans des cadres transparents, justes, respectueux et légaux, alors qu’ils sont si souvent victimes de prédateurs multiples,
Ils ne revendiquent ni faveurs ni traitements particuliers. Ils veulent la justice, le respect et la liberté.
Comprendre tout cela, c’est comprendre pourquoi ils font le choix de ne pas venir s’installer au Maroc. Autrement, au-delà des considérations économiques, pourquoi tant de jeunes marocaines et de jeunes marocains ne rêvent que de vivre ailleurs ?
Rabat le 5 janvier 2023
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