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l’intelligence artificielle ;promesses et mirages .28 juin.2023.

Point de vue 2M Driss KHROUZ La paix, la guerre, l’ adhésion comme la réaction aux évènements sont la panacée de la valse à plusieurs temps. Serait-ce le règne de la routine et des cycles ? Une fatalité du quotidien pluriel et collectif ? Hier, c’était mieux disent les uns. Aujourd’hui est meilleur, disent les autres. Et demain alors ? Il n’y a pas de baromètre de 1 à 10 du bonheur et pas plus du malheur. De la pauvreté, la précarité, l’éche c, la déchéance, l’incertitude, les aléas, la violence, la guerre, etc. jusqu’à l ’ultime problème sans équation qu’est la mort, l’être est confronté au temps. En ce XXI ème siècle entamé , l’homme semble aux aguets et souvent aux abois. Il est persuadé que la cohérence du temps lui échappe. I l a l’impression qu’il ne le conçoit pas, ne le gère pas, ne le vit pas. Bien plus que de le subir, il lui est exogène. Plus que de paradigmes, le temps et la conflictualité du temps se posent en termes de sérénité, de d ésenchantement et de désarroi. Cela pose les questions fondamentales de la place de la personne humaine dans le monde et celle de l ’intelligence et des choix fondamentaux face aux pressions des évènements. Tout change et tout se métamorphose dans la conti nuité des crises, souvent surmontées, prévues et même programmées (modèles aléatoires, programmations linéaires, recherches opérationnelles, théories des jeux, théories du chaos, avantages concurrentiels des nations, algorithmes … ). Cette conception, dont la personne humaine constitue le pivot, est l’émanation d’un monolithisme politique têtu et d’un darwinisme culturel envahissant. La technologie qui en est le moteur en est en même temps le multiplicateur des paramètres et des dimensions ainsi que le gesti onnaire des variables. La finance spéculative, l’information, les conditionnements des comportements et la prédominance des leviers virtuels ont bouleversé la rationalité des agents économiques. Le capitalisme n’est plus mu par l’économie et l’ industr ie. Il ne s’agit pas d’un changement d’échelle comme l’ont connu les sociétés et les économies depuis l’invention de l’imprimerie, de la machine à vapeur, du téléphone, du canon et la connexion des continents. L’espace est progr essivement bousculé et chahuté. D’innovations en innovations, il est remis en cause et dépassé. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication, les innovations inédites, les réseaux sociaux et bien sûr l’intelligence artificielle ont engendré autre chose que ce qui existait. Les fondements du passé économique, social, culturel et politique ont été bouleversés. On a tendance à oublier que le nucléaire et l’ internet ont été conçus dans les laboratoires militaires de la guerre entre gr andes puissances. Ce n’est pas de mutation qu’il s’ agit ni de changement ; il s’agit d’une révolution, la fin d’un système et son remplacement par un autre. Ce ne sont pas les formes qui ont changé : la nature des phénomènes est autre. L’insondable pour le commun est dominant. Dans ce système, la personne humaine n’est plus au centre des enjeux ; au mieux, elle les pr oduit et les canalise. Les forces motrices des sociétés sont-elles encore d’essence humaine ? Tous ces acquis fantastiques et indéniables ont leurs revers, ils sont de plus en plus visibles, agissants et excessifs. La personne humaine est prisonnière d’une multitude de connexions. Plus connectée comme jamais auparavant, elle est pourtant isolée. Surinformée dans sa bulle, sur tout et en instantané, elle vogue dans les illusions d’un pouvoir que la mythologie des réseaux sociaux lui inculque de seconde en seconde, de 2 à 99 ans ! Les NTIC ont métamorphosé le temps et l’espace, les deux vecteurs majeurs de la conception du monde, créant ainsi le mythe de la surpuissance humaine. L’euphorie créée par l’aspiration collective au bien être total est pour tant parasitée par les rappels douloureux des éléments naturels. A l’ euphorie d’hier et d’aujourd’hui tend à succéder l’angoisse d’un futur qui nous échappe et nous déstabilise déjà. Le cyberespace est un lieu d’affrontements géopolitiques immenses à venir. La terre, l’air, les climats, les eaux, les cycles de la nature, le rythme des saisons et les ressources naturelles pérennes sont perturbés et gravement endommagés. La remise en cause radicale qui s’impose est que c’est bien la nature et la vie qu i sont au centre du monde et non la personne humaine. Éparpillé est le temps, fragmenté est l’ espace. De tout temps, les savoirs, tous les savoirs, sont confrontés à la compréhension de l’intelligence des éléments de la nature et de sa physique. Le temp s et l’espace en sont les variables clés. Les découvertes et les innovations fantastiques dans l’infiniment grand et l’infiniment petit sont issues de l’intelligence humaine et évoluent avec les progrès scientifiques. La prétention de tous de tout savoi r, en temps réel et dans tout lieu, apporte certes des satisfactions ; elle crée aussi des isolements et en fin de compte des ruptures. Animal social, la personne humaine risque de devenir une « tête bien pleine » verrouillée, sans liens humains, sans mi lieu culturel partagé concrètement dans sa vie quotidienne, banalement utile et indispensable. L’euphorie procurée par les avancées technologiques et les bienfaits de celles-ci sont évidents et ont marqué la vie sur terre. Le progrès est bienfaiteur. A quel niveau de son extension et ancrage aligne-t-il les dérives, les peurs, les convoitises, les injustices, les précarités, les inégalités, les révoltes, les haines, les destruct ions, les violences et les cataclysmes ? Qu’en est -il et qu’en sera -t-il de l’univers suprahumain du virtuel et de l’intelligence artificielle ? Le temps et l’espace se sont contractés, rétrécis. Leurs unités de mesures sont devenues obsolètes. Les inventeurs des réseaux sociaux, y compris ceux de la « Silicon Valley », les lauréats des grandes écoles et universités, qui forment les élites proclamées, dénoncent de plus en plus les dérives des réseaux sociaux, les addictions des manipulations des comportements et les déchirures des tissus sociaux et desservent l’h umani té au lieu de l’épanouir. L ’euphorie enfante la peur. Les fondements de la société humaine sont mis à l’épreuve ; quelles sont les voies vers le futur possible ? S’agit -il de « l’homme augmenté » ? Les bienfaits énormes de l’informatique, de la robotique et du numérique ont totalement façonné nos modes de vie ; tout paraît ludique, fluide, euphorisant et anesthésiant et pourtant ! Les leaders des GAFAM ( Google, Apple, Facebo ok, Amazon, Microsoft et Meta ) sont les faiseurs de rois dans le monde. A partir de la « Silicon-Valley » et de toutes les startups en pointe aux USA, en Chine, en Israël, en Europe, en Inde, en Iran, en Turquie et autres Japon et Corée du sud, les innovat ions prodigieuses se multiplient et se répandent à la vitesse des nuages volcaniques. Pensé d’abord comme un ensemble de passerelles vers le physique, le digital tend à lui substituer ses propres paradigmes. Pour être, l’ Avenir ne peut être q u’ouvert et le risque sera sa partition . Comment apprécier alors les risques et le désarroi qui ne peut pas être numérisé, du moins pour le moment ? Des esprits avertis et vertueux, et non des moindres, démontrent que la révolution numérique et robotique distille progressivement et irrésistiblement la servitude volontaire collective et l’éro sion des libertés individuelles. Les « big-data » sont à l’œuvre. Les grandes plates-formes et les grands moteurs de recherche conservent et gèrent toutes les données sur l’ens emble des savoirs universels et de toutes les histoires ; Puissance redoutable et prodigieuse, à la merci du meilleur comme du pire, 2000 milliards de données conservées ! « Ces derniers mois ont vu les laboratoires d’intelligence artificielle s’enfermer dans une course incontrôlée pour développer et déployer des cerveaux numériques toujours plus puissants, que personne – pas même leurs créateurs – ne peut comprendre, prédire ou c ontrôler de manière fiable » (lettre des experts et savants du 28 mars 2023). Après les progrès vertigineux de l’ intelligence artificielle, notamment les derniers exploits de DeepMind, Google-home, Alexa-Amazon, Duplex, ChatGPT , Midjourney , Open-AI et aut res start-ups, des formes révolutionnaires d’intelligences infiniment plus puissantes sont en préparation. Avec l’IGA (intelligence généralisée artificielle), toutes les barrières de l’ intelligence risquent d’être frappées d’obsolescence. L’intelligence n’a jamais été monolithique et singulière ; elle a été et sera probablement toujours plurielle. Au-delà des excès en vigueur, les sciences restent encore soumises au cadre que les politiques, les cultures et les valeurs sociales leurs assignent dans le c ontexte des sociétés et du concert des nations. Les grands apports de ces différentes intelligences artificielles sont énormes et positifs. Les excès et l’emballement des innovations révolutionnaires qui se bousculent risquent d’ échapper au contrôle de l’encadreme nt politique, éthique et social. Les limites franchies et l’ ignorance des effets à venir de ces innovations posent de graves problèmes à l’humain, à la nature et à toute la planète. Sans conscience, sans sentiments, sans émot ions, sans imaginaire, sans liberté individuelle, sans prise sur l’avenir, sans mythes, sans spiritualité, sans rêves, sans le respect de la nature, de ses exigences et de ses équilibres, sans respect des diversités des vies, des cultures et des valeurs en dialogue, le monde serait un « trou noir » d’ angoisses. Tout le contraire de l’intelligence. Rabat, le 28 juillet 2023.

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