Entre nil bleu et nil blanc , le soudan s’écroule et se délite
Point de vue 2 M. Driss KHROUZ
Entre le Nil bleu et le Nil blanc, le Soudan s’écroule et se délite .
La guerre civile q ui sévit au Soudan depuis le 15 a vril 2023 n’est qu’u n épisode tragique d’un e succession de malheurs qui s’abattent sur les Soudanais et que ces derniers subissent et perpétuent depuis des siècles.
Vaste pays, multiethnique, multi religieux, sur plusieurs façades climatiques et territoriales, traversé par des c o mplexes d’ appartenances posées depuis toujours en oppositions continues et renouvelées .
Empire, constitué lui-même de royaumes ou d’empires tels que celui du Bornu qui a connu son apogée au XVIème siècle, le Ouadaï et le Baguirmi entre autres, Le Soudan a fait de tous temps l’objet de divisions et de morcellements qui l’ont affaibli.
Balad Ass oudan en arabe, est structuré au nord de Khartoum d’un pays de blancs et de musulmans et au sud , de Juba et d’un pays noir, chrétien et animiste. Les racines de la guerre civile et du conflit plongent dans cette division et dans la p olitique coloniale britannique.
Les royaumes anciens se sont succédé dans la violence, l’oppression des populations et le pillage des ressources. Toutes les i déologies ont été et sont encore invoquées pour justifier abus de pouvoirs et pillages , que ce soit les tribalismes , l’ esclavagisme , le mahdisme , la chariâ et bien sû r les nationalismes ravageurs. Le montage du Soudan en mosaïque de communautés étriquées s’y prête bien.
Pour ne rien arranger, le Soudan est situé dans une région sensible, vulnérable, sur des plaques tectoniques culturellement explosives. A la corne de l’Afrique s ur la mer R ouge, le Soudan ouvre par le Nil sur l’Egypte . I l est limitrophe de la Libye, du Tchad, de l’ Erythrée , de l’Ethiopie, des deux Congo et de la Centrafrique !
P ar l’Egypte , il a subi le joug de la Turquie et de ses extensions à des périodes historiques données. La colonisation anglo-égyptienne en 1896 -1899 n’a fait qu ’enfouir les braises sous la paille !
Libéré en 1956 de la colonisation anglo- égyptienne , il n’a connu que de courtes périodes de calme et de paix.
La première guerre civile moderne a duré de 1956 à 1972 . D epuis lors, les troubles sont récurrents , l es coups d’Etat sont la panacée aux problèmes du pays :
De Mohamed Ahmed Ibn-Abdallah le mahdi , « le sauveur-le messie » en 1881 , à Al-Burhan et Dogolo aujourd’hui, en passant par Jafar Numeiry et Omar –al-Bachir, le Soudan n’en a pas fini de plonger dans les horreurs des guerres, de la pauvreté et d es divisions.
Le sud du Soudan est négro-africain de confessions chrétiennes ou animistes, le Nord est arabo- musulman, le Darfour est négro-musulman.
Le soudan a pourtant connu de grandes percées culturelles et idéologiques. C’est une zone de brassages, de passages et d’éclosions de cultures, d’identités et d’ appartenances fortes en humanisme. Elles sont ethniques, raciales, religieuses, culturelles et commerciales. Que de mythes sont nés et ont prospéré dans cette passerelle ente l’Afrique saharienne, l’Afrique méditerranéenne, l’Europe, le M oyen–orient, l’islam, le christianisme et le judaïsme. Le royaume de Kouch au XIème siècle avant notre ère dominait la Nubie, ancien grand Soudan qui s’étendait jusqu’à Assouan. Les pharaons noirs dirigeaient un empire riche de son or, de ses minerais et de son agriculture. Les pyramides dans le désert soudanais résonnaient avec le mythe de la montagne sacrée !
Le parti com muniste soudanais était le plus fort en Afrique. Loin du stalinisme à la mode, il soulevait et posait des questions cruciales et pertinentes sur les pièges des nationalismes idéologiques et le danger de s nations sans substance. Il a été balayé par les putschistes sans culture. Ses leaders ont été pendus comme Abdel-Khaled-M ahjoub ou Joseph Garang, d’autres tels que Shafie Ahmed al-Sheikh ou Fatima Ahmed Ibrahim, une grande militante des droits des personnes et des femmes en particulier , sont morts dans la disgrâce.
Exilés par millions, les cadres, ingénieurs, médecins, humanistes de renom et savants qui ont fui les calvaires de Soudan , se sont reconstitués dans d’autres pays.
Le grand penseur de l’ islam , Mahmoud Mohamed Taha, accusé d’apostasie , a été exécuté en 1985 sur ordre de Numeiry.
Le président putschiste Omar Al-Bachir a répondu par la terreur aux problèmes des communautés du sud et de l’ouest du pays. Le « Soudan du sud » est né dans la violence et a fait sécession en 2011. Le Darfour est maintenu dans la domination et l’oppression. Les razzias des milices paramilitaires « janjawids », à dominante arabe, cré é es par Omar-al- Bachir en 2013 p our étouffer toutes les velléités de révoltes, sont commandées par le fameux Hemedti
Les soulèvements populaires depuis 2011 sont écrasés par le coup d’Etat des deux généraux putschistes qui ont comploté contre le gouvernement légitime issu des révoltes de 2011 et dirigé par Abdallah Hamdok.
Comme la soif du pouvoir est sans limites ,ce sont c es d eux généraux qui ont déclenché la guerre depuis le 15 avril 2023, au cours de laquelle s’affront ent violemment l’ armée au pouvoir , dirigée par le général Abdel Fatah Al-Burhan , et les milices paramilitaires, les fameuses « forces de soutien rapide » (FSR) dirigées par le général Mohamed Hamdan Dogolo, dit « Hemedti », dont la puissance et l’immense fortune sont liées aux milices qu’il dirige et qui sont co-responsables d’exactions au Darfour, au Sud-Soudan et dans le Soudan.
Comme en Libye, en Syrie, en Iraq, au Yémen, au Sahel, en Centrafrique, en RDC et en Palestine, les mêmes ingérences internationales qui essaient de se neutraliser mutuellement enfoncent le Soudan dans l’instabilité, le s violences, les exactions et le pillage de s ressources. Tous sont là et tous le instruments diplomatiques, sécuritaires, militaires et économiques sont déployés. Toutes les configuration s géopolitiques s’y déploient entre concurrences et alliances déstabilisatrices !
Ce que la violence et la coercitio n ont façonné par des traumatismes collectifs, ne peut vivre en paix q ue par la volonté et le respect des parties qui veulent vivre ensemble et unir leurs destins.
L’unité subie et la sécurité imposée ne sont qu’illusions éphémères.
Les appartenances sont rebelles à l’uniformisation ; seules leurs reconnai ssances et leur valorisation dans un destin partagé sont susceptibles de permettre leur cohabitation à défaut de leur bon vivre ensemble.
La dissolution dans un tout extra –identitaire est intrinsèquement soumise à l’arbitraire de la violence dominante.
Une nation n’est pas un alignement de parade s imposé es derrière les forces du dominant.
Rabat le 23 mai 2023.
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