Chronique,  Point de vue sur 2M,  Politique

De la dialectique globale, les déferlantes de l’autoritarisme politique, préludes aux crises des démocraties ?

Point de vue 2M. Driss khrouz

La dialectique n’est pas seulement idéaliste, elle n’est pas que matérialiste ; elle est plus que la conjonction des deux.

En matière d’évolution des systèmes politiques, les successions et les altérations sont aussi et de plus en plus des ruptures.

La dialectique est -elle alors le point d’inflexion qui décline une métamorphose?
La similitude avec les théories des cycles  économiques  peut aider à mieux voir, saisir, analyser, comprendre et expliquer les cycles politiques. Les théoriciens de l’analyse de la croissance économique ont relevé des cycles économétriques récurrents d’augmentations des indicateurs suivies de leur décroissance pour expliquer les cycles des crises qui reviennent à intervalles approximatifs : cycle Kitchin (3 à 4ans), cycle Juglar (8 à 10 ans), cycle Kondratiev (40 à 60 ans) par exemple.

Comment expliquer la conjonction, la contagion, la propagation de régimes politiques de références idéologiques proches pendant des périodes, suivis par des alternatives à des systèmes politiques opposés pendant d’autres périodes ?

C’est le constat de la configuration politique du monde aujourd’hui qui impose de poser la question des mutations, des bouleversements et des systèmes politiques au cours de l’histoire. Plus que des modes assurément, ce sont des métamorphoses.
Le dépérissement de paradigmes en place, considérés  comme traditionnels, acquis, appropriés culturellement et puis de plus en plus  contestés et désertés, n’est plus une pratique extrémiste minoritaire sans impact. L’émergence et l’extension de paradigmes nouveaux, sinon contradictoires, pose problème.

Les analyses en termes de vertu, de vice, d’universalisme, de majorité et de minorité, de jeux institutionnels respectés et sanctionnés, ainsi que de spécificité, sont de moins en moins pertinentes pour appréhender les réalités sociétales des démocraties de référence en la matière !

Certes, l’histoire enseigne que les civilisations, comme les empires, meurent de leurs arrogances, mais qu’est- ce qu’il advient des valeurs universelles nées au siècle des Lumières et fermentées par la circulation des idées, des philosophies, des religions et des savoirs, à partir de de la Grèce antique, de Rome, de l’Extrême orient, jusqu’à l’Europe, en passant par le Moyen orient, l’Andalousie et le Maghreb ?

Des systèmes politiques adulés, structurés, vantés, loués, transposés, analysés dans toutes leurs dimensions, leurs ramifications, leurs excès et leurs limites, connaissent, progressivement ou brutalement des fissures, des critiques, des remises en cause, des attaques pour déboucher sur des ruptures, pour être décriés, désertés et déshérités.
Il y a comme une lassitude qui s’installe lorsqu’une société s’habitue à un système politique, qu’il est marqueur de codes sociétaux et se traduit en modes de vie.
la remise en cause naît des banalisations quotidiennes, des routines sans questionnements, des insatisfactions, des frustrations, des verrouillages. Alors, des dérives à la marge s’expriment  et des pratiques extrêmes apparaissent et s’autoalimentent.
c’est à partir des marges -sociales, politiques, économiques, religieuses, idéologiques, culturelles – que les contradictions émergent, se structurent, se consolident, se développent et, en devenant attractives, deviennent subversives .

A bas le modèle ancien frappé d’obsolescence et d’anathème. Vivement les nouvelles élites, forgées, portées, légitimées par des mouvances qui deviennent des appareils et des structures de communication, de diffusion, puis de persuasion, de propagande et d’organisation.

L’information de manipulation devient vérité. Les désinformations sont canalisées; les réseaux acquis à la cause la distillent.

Accueilli comme donnée avérée et pensée agissante, le mensonge occulte les faits, déforme les réalités, les preuves, les arguments et s’insinue comme justification du système de remplacement.

Quand on lit les grandes épopées sur les grands mérites des démocraties, des droits humains, des libertés individuelles, de l’universalité des démocraties, on finit par croire que tout cela est conforme à la nature humaine et que leur transgression est antinaturelle. Comment expliquer alors les déferlantes des systèmes autoritaires, illibéraux, oligarchiques qui bafouent tout ce qui représentait ou illustrait un modèle de référence incontesté auparavant?

Les idéaux généreux des Platon, Aristote, Montaigne, Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Spinoza, Hobbes, Hegel, Goethe, Hugo, etc., si raffinés, si nobles, si conciliants, si bienveillants seraient-ils des miroirs aux alouettes de passage, somme toute éphémères dans le long cheminement de l’Histoire (avec un grand H) des histoires.
l’Histoire des histoires serait -elle à conjuguer au relatif, au conjoncturel, au temporel et au transitoire; au risque de revenir autrement plus tard?
Les légitimations dans notre monde d’aujourd’hui de ce qui était honni il y a trois décennies, après que les générations d’après la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide aient banni les régimes comparables, totalitaires et autoritaires de leur époque, interpellent lourdement.


Qui ose encore affirmer et clamer haut et fort que la démocratie, les droits humains et la citoyenneté individuelle constituent intrinsèquement des catégories, des fondamentaux et des valeurs à charges éternelles et universelles ?
Le doute est salvateur, il est aussi perturbateur et peut-être annihilateur d’initiatives, de projets, de visions, d’imaginaires et de rêves collectifs et évidemment de politiques et d’actions?


L’anathème jeté sur les expériences issues de violences catégorielles imposées aux sociétés comme les coups d’Etat ou les révolutions par usure, n’explique pas cet attrait, si légitimé et institutionnalisé, pour des chefs politiques et des idéologies totalement opposées au point que les votants les portent au centre de décisions.

Ces ruptures, souvent brutales et parfois violentes, haineuses et racistes, émanent des populations au nom des besoins de l’ordre, de la sécurité, de la création d’emplois, de l’amélioration de leurs conditions de vie et de bien- être, de lutte contre les immigrations, contre les étrangers et contre les diversités et les minorités sociales !
Affirmer que ce sont des votes et rien que des bulletins et prétendre que cela ne suffit pas à faire la démocratie est un peu court pour analyser ce qui se passe sous nos yeux  en Amérique, en Europe latine, en Europe centrale et du Nord, en Asie et en Afrique.

 Le monde politique change à partir de l’intérieur des pays vers la géopolitique mondiale.

 Ce sont les populations en masse qui le demandent, l’exigent et l’imposent. Les forces sont centrifuges en ondes déferlantes- envahissantes.

 Le rôle des réseaux sociaux sera de plus en plus destructeur de ce qui se profile. Le poids des finances immenses et spéculatives est évident et les crypto monnaies aggraveront les mégalomanies en série. Il est évident et redoutable pour l’avenir que les réseaux sociaux et une grande partie des usages des technologies numériques, virtuelles et autres intelligence artificielle, isolent chaque individu dans un logarithme, coupé des autres et comblé de l’illusion de participation et même d’influence.

La solitude de l’individu immergé dans les masses est la pathologie des temps qui courent !

Tout cela existe mais n’explique pas tout.

Les cultures de scepticisme, d’essentialisme, d’égoïsme, de lassitude, de fermeture, de manque de culture, de violence visible, déculpabilisée et banalisée, de rejet, de racisme, de recul de l’empathie et de la solidarité humaniste de manipulation, de transgression, de mensonges, d’injustices, de clivages, de mépris, de vulgarité, deviennent des normes.  Elles moulent les comportent et les modes de vie.et ce n’est pas de moral qu’il s’agit, ni de transgression des traditions des aïeux, c’est de rupture nihiliste « terre-brulis » qu’il s’agit !

Au dialogue, à la concertation, à la participation et à la pédagogie se substituent  le mensonge avéré, l’agression, l’injure, le chantage, les menaces et la violence.
Pire que le totalitarisme qui casse, choque et déstructure  avec hargne et sans complexe en s’imposant par la terreur à visage découvert, l’autoritarisme se fabrique des victimes, des boucs-émissaires, des ennemis et mobilise l’ignorance et la haine à visage camouflé  sous le masque de  sauveur et de protecteur .

La verticalité des décisions crée l’illusion de la maîtrise, de la détermination et de l’efficacité. L’amnésie s’installe. La cohésion sociale se fissure. Les liens sociaux se dénouent. La fixation occulte les réalités.


Cette  lame de fond de chefs politiques, de partis et de mouvements autoritaires, rebelles aux valeurs de liberté individuelle, de diversité, d’ouverture sur le monde, de respect des compromis, de décence, de bienveillance, d’empathie et de culture d’humanisme, qui déferle partout et notamment dans les sanctuaires des révolutions des droits humains et des démocraties de référence interpelle lourdement.
où va le monde?

Et l’humain, tout l’humain et tout humain là-dedans ?


Faut-il admettre que ce ne sont que des accidents ? faut-il les considérer comme des phénomènes exutoires ? des cycles qui feront leur temps et qui peuvent alerter pour le réveil et la mobilisation des consciences vertueuses pour réformer et avancer vers le meilleur des mondes ?

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