LES JEUX D’ECHECS GEOSTRATEGIQUES ENTRE LES GRANDES PUISSANCES
La situation est explosive dans tous les domaines dans le monde. Entre m écontentements, révoltes et manipulations, l’instabilité rampante ou dévastatrice gagne du terrain. En rétrécissant les distances et en réduisant le temps, la globalisation a façonné non pas un monde rectifié et tra nsformé mais un monde métamorphosé et échappant à toute boussole. De nouveaux acteurs, de nouveaux paramètres , de nouvelles variables sont apparus et dominent da ns la prolifération des aléas, des incertitudes et le recul des logiques rationnelles. Après la Seconde G uerre mondiale et durant la période de l a guerre froide et l’équilibre de la « terreur », le monde capitaliste libéral et le monde soviétique totalitaire se sont partagé les rôles et réparti les privilèges. L’ O rganisation des N ations U nies et son C onseil de sécurité, issu s de la fin de la guerre, ont validé, cautionné et accompagné ce partage des pouvoirs ente les puissances économiques, scientifiques et militaires v ictorieuses. L’Etat providence , d’un côté , et l’économie administrée imposée , de l’autre, ont permis la consolidation des prérequis et les fondements de la mondialisation de la finance, de la consommation et de l’éclatement des frontières. L’explosion des nouvelles technologies de l’ information et de la communication, la prise du monde en otage par les GAFA M ( ou big five : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ) , la culture des réseaux sociaux et du monde virtuel ont fini par sonner le glas des voies de recours et des modes d’antan de gestion des conflits. L’implosion du bloc soviétique avec la fin de l’URSS en 1993, les réformes profondes en Chine de Den Xiaoping à Xi Jinping, avec une économie capitaliste d’Etat, des espaces de libéralisme sous contrôle et un système politique de parti unique totalitaire, ont pr oduit de nouveaux paradigmes en géopolitique . Suite à la présidence de Donald Trump et à la remise en cause intégrale et à grande échelle par lui de toutes les conventions et les forums, formels et informels, de concertation multilatérale mondiale, et avec la consolidation des pouvoirs absolus de Vladimir Poutine, tout est remis en cause et tout ce qui se passe dans le monde participe de cette « théorie du chao » en gestation. Cette crise n’est ni spontanée ni accidentelle , elle exprime les rapports d e force en recomposition , en cours , à la recherche d’une nouvelle géostratégie de repositionnement dans le monde avec des forums comme le G 20, le G7, le BRICS ( Brésil , Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) et l’APEC « Asia -Pacific E conomic C ooperation » (Etats-Unis , Canada, Australie, Nouvelle Zélande Japon et Corée du sud). L e président turc , Erdogan, nationaliste avéré , se réfère explicitement non au réformateur Atatürk mais à l’empire Ottoman . Alors que les uns sont à la recherche de « l’ homme augmenté », que d’autres tirent la sonnette d’alarme face à l’ extrême gravité des détériorations de la nature, de l’environnement et des climats, la vieille rhétorique du partage du monde ente puissants rabat les anciennes cartes et s’ avance à l a quête de nouvelles postures . La Chine a le deuxième PIB mondial en 2022, après les USA. La Russie est à la huitième place . Elle est au deuxièmes rang du classement militaire, derrière les USA , et la Chine est en troisième position . Comme toute crise, celle que nous v ivons depuis 2016 et qui a éclaté en 2022, est bel et bien une expression des recompositions et des jeux de rôles qui finiront par des positionnements nouveaux ou anciens revisités par de nouvelles alliances, de nouveaux cadrages militaires , technologiques et donc politiques. L’adage qui dit « celui qui désire la paix devrait préparer la guerre » n’a jamais été aussi bien approprié. L’Ukraine n’est que le prétexte de circonstance . Ce qui se joue aujourd ’ hui, c’est la lutte pour la domination ou plutôt la lutte pour faire partie du club des dominateurs du monde. Vladimir Poutine joue le tout pour le tout ; il exprime les stigmates de l’humiliation et du mépris subis par la Russie après l’implosion du bloc soviétique et le vieillissement d es arsenaux politiques et militaires de l’URSS. Produit du KGB, il se rêve chef nationaliste d’un grand monde slave ; la Russie des tsars est son modèle implicite. La Russie a des capacités militaires redoutables et elle dispose de l’arme atomique. Son retard économique et technologique affaiblit ses capacités de r é sil ien ce à moyen terme. Sa carte stratégique vise le renversement du régime ukrainien et l’édification d’une ceinture de protection avec de s territoires satellites susceptibles d’ obliger ainsi l’OTAN et l’ U nion européenne à reculer et à négocier. Le temps joue contre la Russie . L’économie et la tec hnologie russe s sont frag iles. L a Chine continue à déployer ses forces et implante sa présence technologique et poli tique en Asie et en Afrique. Sa force démographique n’est plus un atout. Les aspirations de s chinois au bien-être e t à plus de liberté individuelle imposent aux dirigeants de ce pays de la vigilance, de la prudence et la consolidation du front intérieur. L’Amérique, qui reste la superpuissance toutes catégories, est fragilisée par ses démons internes : invasion du C apitole et autres clivages politiques et culturels qui nuisent à son atout principal , son « soft –power », comme modèle culturel, financier et économique dominant le monde. L’Union européenne reste une entité politique en construction et ses projets sont soumis à des négociations perpétuelles . Son unité face à l’ invasion de l’Ukraine lui offre d e grands atouts. L a dépendance de son modèle énergétique et sa faible défense stratégique la positionnent enc o re derrière le parapluie américain. Puissance économique, l’Europe n’est pas un acteur politique majeur en tant que tel. Les autres pays valsent ente la renégociation des fondements des anciennes tutelles- ententes, leur remise en cause et la recherche de nouvelles alliances . Le choix ne doit pas être celui de remplacer une tutelle par une autre mais , pour chaque pays , de renforcer ses capacités internes, de varier ses partenariats et de bien maitriser les enjeux de son avenir pour préserver ses pouvoirs de négociation avec des compromis vertueux dans l’ intérêt des peuples. De toute évidence, le monde vit la fin des dogmes et , de toute évidence , de nouvelles cartes apparaissent en même temps que la redistribution d e toutes les cartes se négocient par la guerre, les provocations et par les concertations. Tout équilibre est potentiellement porteur de déséquilibres . Driss Khrouz
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