L’éthique et confiance en question
La nouvelle année , une norme conventionnelle comme une autre dans le cycle de l’ Histoire Humaine , se pose, s’installe et attend des réponses à ses exigences, à ses caprices et à ses incertitudes. Aux perturbations et aux aléas liés à la pandémie du coronavirus, qui n’en finit pas d’angoisser, de se déployer et de se métamorphoser , s’ajoutent les signes d’un début de prise de conscience de la gravité quasi- irréversible des atteintes aux équilibres écologiques . Le con texte géostratégique mondial est chargé d’incertitudes. Tous les axiomes de la fameuse maxime de la « fin de l’histoire » , proclamant la victoire totale du libéralisme à la fin des années 1990, sont remis en cause pour de nouveaux déséquilibres des forces économiques et polit iques dans le monde. Au Maroc, l es élections du 8 septembre 2021 ont posé un nouveau décor, avec une nouvelle configuration politique et de nouveaux cadrages politiques et institutionnels qui appellent de nouvelles réponses après une décennie 2011 – 2021 particulière dans la vie institutionnelle du pays. Issu des résultats des deux scrutins, novembre 2011 et octobre 2016, qui ont suivi les grandes manifestations du 20 Février 2011 , deux mandats de l’exécutif ont été conduits par le PJD qui a dirigé aussi pendant la même décennie la grande majorité des collectivités territoriale s du pays. Derrière les rideaux des apparences, cette décennie écoulée est caractérisée par un jeu d’ échecs où le parti islamiste avance ses p ions dans les institutions et dans les médias pendant que les partis libéraux , soutenus par l es petites formations de gauche et de droite , multiplient les pare- chocs et les contre- pouvoirs. Cette politique de méfiance des uns vis-à-vis des autres a progressivement érodé les élans donnés à la société par les discours Royaux de mars et de juin 2020 et par la C onstitution ambitieuse plébiscitée par les marocains en Juillet 2011. Les dernières élections législatives, régionales et locales ont donné une nouvelle configuration institutionnelle pour les deux chambres du parlement et pour les conseils des pouvoirs territoriaux. Attendu au tournant, et « poussé à la sortie » , le PJD qui a perdu de sa prédominance et de son aura d’antan a subi l’usure du pouvoir et de ses errements politiques. Le nouveau modèle de développement, négocié, largement concerté et élaboré par une commission spéciale désignée par Sa Majesté , a pr oposé en Avril 2021 un « nouveau pacte national », « un chemin de développement crédible et réalisable » à l’horizon 2035. Le nouveau gouvernement issu des élections législatives de Septembre 2021 et f ormé de trois partis d’obédience libérale- sociale arrivés en tête des élections s’inscrit dans la vision de ce nouveau modèle de développement qui en constitue la référence pour son projet et son programme. La crise du coronavirus qui continue de s’abattre sur le monde depuis le début de l’année 2020 a mis à nu beaucoup de certitudes et de réponses considérées alors comme acquises dans ce rapport ambigu, ch ar gé et complexe entre les humain s et la nature . Dans cette équation , les progrès scientifiques, technologiques et économiques , ont donné l’illusion généralisée de l’invincibilité et de la suprématie des humains sur la nature et ses mystères. Cette pandémie a révélé aussi les énormes potentialités vertueuses et humanistes qui se manifestent et se mettent en mouvement. Elle appelle en tout cas, et de façon urgente, à plus d’humilité, à plus de solidarité, à moins d’arrogance et pose le problème essentiel de l’éthique face aux intérêts catégoriels , aux ambitions prédatrices et aux convoitises. Les expressions émergentes des configurations géostratégiques en cours , après les conséquences de l’implosion du monde soviétique il y a trois décennies, annoncent des tensions et de nouveaux rapports de forces entre les puissances dans le monde. Le « deal » imposé par la suprématie amér icaine est dorénavant mis à mal et rejeté par la puissance chinoise avec XI JINPINGP et par les jeux politiques de la nouvelle « distribution des cartes » que veut dicter la Russie de POUTINE en Asie, en Afrique et en Europe de l’ est. Le passage clivant du président T RUMP aux Etats – U nis , l’énorme gâchis en Irak, en S yrie et en L ibye des interventions des puissances dominantes au nom des droits h umains , ainsi que les désill usions nées de cette tornade politique appelée « printemps arabe » , qui a déstabilisé Etats et société laminées par des pouvoirs totalitaires corrompus , ont remis à plat tous les acquis géopolitiques depuis la fin de la guerre froide. Le monde est fragmenté, ciselé et en compétition « sans foi ni lois ». Toutes les règles qui semblaient admises peuvent être battues en brèche . Les aléas et les incertitudes banalisent populisme, » complotisme « et scepticisme. Le mo nde est en attente de compromis, de sagesse , de négociations et de nouvelles lignes rouges pour un vivre ensemble serein, juste , solidaire et en harmonie avec le respect de l’environnement et d es engagements crédibles et durables pour les équilibres de et avec la nature. Plus qu’un vœu, ce sont là des nécessités et des urgences. Driss KHROUZ . Janvier 2022.
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